OVERLORD PARTIE II

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Les civils au coeur de la guerre

Le bombardement des villes normandes

Vers 2 h 00 du matin, pour la 1020e fois depuis le début de la guerre, les sirènes résonne dans le ciel de Caen. Cette fois-ci c’est le signe d’une vaste campagne de bombardement des villes normandes. Déjà au cours des trois mois ayant précédé le 6 juin plus 42 000 tonnes de bombes ont été lâchées par 22 000 appareils sur une centaine de cibles ferroviaires dont tous les ouvrages d’art de la vallée de la Seine entre le Havre et Paris, afin d’isoler le futur champ de bataille. En avril et mai 1944 les positions fortifiées allemandes, et les stations d’écoute et de radar ont été la cible des bombardements. La 2e phase des bombardements commence dans la nuit du 5 au 6 juin. Entre 23h30 et 5h00 du matin plus de 1000 bombardiers britanniques pilonnent sans relâche les 10 batteries côtières entre Cherbourg et le Havre, relayées à l’aube par 1527 bombardiers américains visant les plages entre le Havre et la Vire. Ce matin-là, les centres urbains d’une douzaine de villes où se situent les noeuds ferroviaires et routiers ne sont pas épargnés. Comme Caen, Flers, Condé-sur-Noireau, Lisieux disparaissent dans les flammes. Les résultats sont mitigés, le plafond bas, la poussière et la fumée ayant fortement gêné le repérage des objectifs. Des villes sont alors frappées une nouvelle fois comme à Caen. Sur un arc de cercle entre Pont-L’Evêque et Coutances, une dizaine de villes sont survolées par les bombardiers de la 8e US Air Force : Pont-L’Evèque, Lisieux, Vire, Condé-sur-Noireau, Flers, Coutances et Saint-Lô sont frappés à leur tour afin d’empêcher les renforts allemands d’atteindre les plages. Le 7 juin au matin, le bilan est lourd pour des résultats guère satisfaisants pour les Alliés : près de 2 200 civils normands ont trouvé la mort lors de ces raids aériens.

Les bombardements de Caen

A Caen, les bombardements ont pour objectif la destruction des quatre ponts sur l’Orne afin d’empêcher les Allemands de remonter vers la mer.

A Caen, la caserne Decaen puis le quartier de la gare sont gravement touchés vers 7h00 du matin. A 13h30, une nouvelle attaque menée par six escadrilles de bombardiers américains B24 déverse de manière très imprécise 200 tonnes de bombes au dessus de la ville. Le quartier Saint-Jean, entre le château et l’Orne, est entièrement détruit. 10 000 personnes fuient la ville sur une population de 62 000 habitants. Les quartiers de Vaucelles, la place de la Mare, le Gaillon, la route de la Délivrande, la rue Saint-Pierre et le château sont sérieusement touchés. Les victimes et les blessés sont acheminés vers les hôpitaux du Bon-Sauveur et de la Miséricorde, tandis que les réfugiés sont dirigés vers les centres d’accueil du Lycée Malherbe et de l’hôtel de ville. D’autres enfin font le choix de chercher abri dans les carrières souterraines de Fleury-sur-Orne. A 16h30, de nouveaux raids aériens détruisent le vieux quartier Saint-Etienne. A 21h30, un troisième raid s’abat sur la ville, pulvérisant les quartiers Saint-Julien et Saint-Louis. Au soir du 6 juin, 300 morts sont relevés des ruines de la ville et les ponts sur l’Orne sont toujours intacts.

Les fusillés de la prison de Caen

A l’annonce du débarquement allié en Normandie, le chef de la Gestapo de Caen décide d’exécuter tous les prisonniers incarcérés à la maison d’arrêt de Caen. 87 détenus sont fusillés dans la cour de la prison durant la journée du 6 juin 1944. Aujourd’hui encore leurs corps n’ont toujours pas été retrouvés.

A partir de décembre 1943, la répression allemande s’intensifie en Normandie. Plus de 200 résistants sont arrêtés par la Gestapo en six mois. A l’annonce du débarquement allié, le commandant du quartier allemand de la maison d’arrêt de Caen décide de mettre en application les ordres reçus en cas d’alerte. Il doit envoyer en Allemagne le matin-même tous les détenus relevant de la Gestapo afin d’éviter qu’ils ne tombent aux mains des Alliés. Quant aux autres détenus devant être jugés par les tribunaux de la Wehrmacht, ils seront déportés en Allemagne ou libérés, suivant la gravité des accusations portées contre eux. La Feldkommandantur a confirmé les ordres du commandant Hoffmann, mais les bombardements alliés sur la gare de Caen ont rendu les installations ferroviaires totalement inutilisables. Les Allemands ne disposent par ailleurs ni de camions ni des effectifs nécessaires pour évacuer les prisonniers dans de bonnes conditions de sécurité. Vers 8 h 00 du matin, Harald Heyns, le chef de la Gestapo de Caen se rend à la prison pour informer Hoffmann de la décision qui a été prise : exécuter les prisonniers sur le champ. Du matin au soir, par groupes de six, 87 prisonniers sont exécutés dans une des courettes de la prison. Le quartier des femmes n’est pas épargné. Une vingtaine de détenus sont transférés à Fresnes. Les corps des fusillés sont ensuite ensevelis dans des fosses creusées à la hâte dans quatre courettes de la prison et recouverts de chaux. A la fin du mois de juin 1944, les Allemands reviennent sur les lieux pour procéder à l’exhumation des corps. Les dépouilles seront emmenées vers un lieu jusqu’ici resté inconnu.

La réaction allemande

Réactions allemandes face aux opérations aéroportées

A minuit, le général Feuchtinger, commandant de la 21e Panzer stationnée au sud-est de Caen, prend connaissance du début de l’invasion alliée. Devant obéir aux ordres de Rommel, il ne peut prendre aucune décision mais prend soin de mettre sa division en alerte, avant de quitter Paris pour rejoindre la Normandie.

A 1h00, dans le PC de la Roche-Guyon, le général Speidel, chef d’état-major de Rommel, prend connaissance des premiers rapports l’informant des premières heures de l’invasion, tandis qu’à Saint-Lô, le général Marcks est mis au courant de la situation à l’est de l’Orne où des troupes alliées ont été parachutées.

A 1h30, la 7e armée allemande est mise en état d’alerte. Le général Richter qui commande la 716e division d’infanterie – chargée de la défense des côtes entre l’estuaire de l’Orne et la Vire – ordonne à la 21e Panzer d’attaquer les zones de parachutages de la 6e division aéroportée britannique. L’ordre reste sans réponse.

A 2h00, le général Bayerlein, commandant de la Panzer Lher, alors déployée dans la région du Mans, est alerté à son tour des événements à son PC de Chartres.

A 2h30, depuis son poste de Cherbourg, l’amiral Hennecke annonce à l’état-major de la 7e armée allemande que des parachutistes ont atterri à proximité des batteries de Crisbecq-Saint-Marcouf.

Au même moment, informé depuis son QG du Mans des largages de parachutistes, le genéral Pemsel, chef d’état-major de la 7e armée allemande, téléphone au QG de Rommel pour tenter de convaincre le général Speidel, son chef d’état-major, de l’imminence du débarquement des Alliés. La 12e SS Panzerdivision Hitlerjugend, est mise en état d’alerte.

Le quartier général du groupe naval Ouest à Paris, ordonne une série de reconnaissances en mer. A Cherbourg, des vedettes quittent le port avant de faire demi-tour devant le trop mauvais temps. Devant Dieppe des bâtiments allemands sont également contraints de faire machine arrière.

Peu avant l’aube, vers 4 h 00, von Rundstedt envisage par prudence de déplacer vers la Normandie deux formations blindées : la Panzer Lher et la 12e SS Hitlerjugend. Pour cela, il demande l’accord au Commandement suprême à Berlin. La réponse de Hitler n’arrivera que 10 heures plus tard… trop tard…

Les Panzer se mettent en route

Ce n’est seulement qu’à partir de 6h30, lorsque les troupes américaines débarquent sur Utah et Omaha Beach, que les premiers ordres d’attaque sont exécutées par la 21e Panzerdivision. Le général Feuchtinger ordonne à ses hommes d’attaquer la 6e division aéroportée britannique retranchée dans une tête de pont formée sur l’Orne, au nord-est de Caen. A 7h00, von Rundstedt se voit refuser par l’état-major du Haut Commandement de la Wehrmacht (OKW), l’envoi et le déploiement des divisions de Panzers stationnées en Normandie. De son côté, sans attendre les ordres du Haut-Commandement, la 12e division SS se concentre déjà dans le secteur de Bernay-Vimoutiers-Lisieux.

Ce n’est que vers 8h30, que le régiment de panzers du colonel Oppeln-Bronikowski (21e Panzer) se met en marche pour remonter la rive est de l’Orne afin de lancer une première contre-attaque contre les Britanniques. A 10 h 00, Feuchtinger, reçoit de nouveaux ordres : il doit stopper le mouvement de ses chars vers l’est de l’Orne pour venir, plus à l’ouest, soutenir les troupes qui protègent Caen. Il ordonne aussitôt au colonel Oppeln-Bronikowski de faire demi-tour pour attaquer la tête de pont britannique sur la plage, à l’ouest de Caen. A 15h00, les 40 chars du régiment de panzers du colonel Oppeln-Bronikowski traversent Caen et sortent par le nord de la ville. Ils  s’apprêtent à contre-attaquer pour repousser les Britanniques vers la mer. En remontant vers la mer, ces éléments sont forcés de se replier dans le bois de Lébisey, à hauteur de Périers-sur-le-Dan (5 km au nord de Caen) face aux défenses acharnées de trois escadrons britanniques du Staffordshire Yeomanry.

Pendant que la 12e SS Hitlerjugend reçoit ses ordres pour remonter vers Caen en fin d’après-midi, une autre division blindée, la Panzer Lher, se prépare à faire route in extremis vers le front de Normandie. Alors qu’une partie de ses blindés étaient déjà chargés sur des trains à destination de la Pologne, le général Bayerlein, le commandant de division blindée, a reçu en effet l’ordre d’annulation de départ et un nouvel ordre lui indiquant de se mettre en route vers Caen. Sa demande de faire mouvement après le coucher du soleil est rejetée. Alors qu’elle atteint ses zones de ralliement en plein jour, la division de Bayerlein est bombardée sans relâche par les Alliés, perdant une quarantaine de véhicules dans la soirée du 6 juin avant même d’être opérationnelle.

Le 6 juin à Berchtesgaden

A Berchtesgaden, Hitler s’est couché très tard comme à son habitude, vers 3h00 du matin, sans avoir été informé de la situation sur le front de Normandie. Réveillé à 10h00, il est aussitôt mis au courant de la situation et lors de la conférence journalière de midi, prend connaissance des premiers rapports établis par ses services de renseignement. Constatant que de nombreuses divisions alliées n’ont pas été engagées et stationnent encore en Ecosse et dans le sud-est de l’Angleterre, il en conclut à une diversion et  félicite Jodl d’avoir empêché von Rundstedt d’utiliser les réserves blindées de manière prématurée. Il a vu son rendez-vous avec Rommel annulé au dernier moment. Ce dernier a été en effet informé du débarquement par son chef d’état-major à 7h00, à Herrlingen, près d’Ulm. Six heures plus tard Rommel se remettra en route vers son PC de la Roche-Guyon.

Vers 14h30, le Führer autorise enfin les mouvements, au sein de la 7e armée, du Panzergruppe West, du groupe d’armées B (Rommel) et du Haut commandement allemand à l’Ouest (von Rundstedt). Dans les faits, Hitler donne son accord pour que la 12e SS cantonnée autour d’Argentan et la Panzer Lehr en position près du Mans remontent se positionner vers la côte normande, ignorant que le mouvement de la Hitlerjugend a déjà été amorcé sans son accord. Hitler interdit par ailleurs formellement tout déplacement des unités de la 15e Armée allemande stationnée dans le Nord de la France intimement persuadé, jusqu’à l’aveuglement, que la tête de pont formée en Normandie n’est qu’une manœuvre de diversion cachant un « vrai » débarquement imminent dans les prochains jours.

Le bilan du 6 juin

Partout sur le littoral, les défenses allemandes du mur de l’Atlantique ont failli. Au soir du 6 juin, la 716e division du général Richter a perdu un peu plus de 3 000 hommes sur un effectif total de 7 800 combattants.

Dans la soirée, une réunion est organisée dans le PC du général Richter, près de Caen. Y participent notamment le général Feuchtinger (21e Panzer) et Kurt Meyer, commandant du 25e régiment de Panzer Grenadiers de la 12e SS envoyé par le général Witt. L’objectif de la réunion est de préparer les conditions d’une contre-offensive d’envergure. Celles-ci ne sont malheureusement pas pour les Allemands toutes remplies : le gros de la 12e SS vient seulement de se met en marche depuis la région d’Argentan et la Panzer Lher n’est pas encore acheminée sur le front. La contre-offensive envisagée avant la fin du 6 juin doit être alors reportée. Mais pour les commandants de la 21e Panzer et de la 716e division d’infanterie, la feuille de route est claire : la contre-attaque du lendemain doit impérativement atteindre la côte et rejeter les Alliés à la mer. En attendant l’ordre est donné aux 4 000 hommes du groupe de combat Heintz de la 275e division d’infanterie d’être acheminés par voie ferrée vers la Normandie et le Cotentin depuis le sud de la Bretagne. Une fois sur le front de Normandie, ces précieux renforts seront destinés à être rattachés à la division Götz von Berlichingen, la 17e Division SS de Panzer Grenadiers.

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Le général Richard Gale qui commande la 6e Airborne division s’adresse à ses troupes juste avant le Jour J . © Le Mémorial de Caen

Les opérations aéroportées
Les parachutages britanniques

Les objectifs

Comme à l’arrière d’Utah Beach, l’est de l’embouchure de l’Orne, à l’est de Sword Beach présente des terres marécageuses, inondées par les Allemands. C’est là que les Alliés ont décidé de faire sauter la 6e Airborne du général Gale avec comme objectif principal de protéger le flanc gauche du Débarquement de toute attaque de la 15e armée allemande, avant comme après le Jour J. Pour ce faire les troupes d’assaut aéroportées doivent s’emparer de la batterie allemande de Merville, détruire les cinq ponts sur la Dives et la Divette – à Troarn, Bures, Robehomme et Varaville – et prendre cette fois-ci intacts ceux de Bénouville et Ranville. Pour cette dernière opération plutôt délicate, c’est la compagnie D du 2e bataillon des Ox and Bucks (Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry) du major Howard qui a été choisi.

A 400 m du pont de Bénouville, le pont tournant de Ranville, laissé sans défense, est pris par les deux autres sections des Ox and Bucks des planeurs 5 et 6. En l’absence du capitaine Priday, l’adjoint de Howard, qui devait commander l’opération (mais qui se trouve égaré dans le planeur n°4), la prise du pont de Ranville est confiée au peloton du lieutenant Fox renforcé par le peloton du lieutenant Sweeney. Le bilan de l’opération « coup de main », est de 2 tués et 14 blessés. Après avoir lancé le signal convenu de victoire « Ham et Jam », Howard se prépare désormais à accueillir dans le périmètre des deux ponts les renforts des paras du 7e bataillon, qui doivent atterrir à 00 h 50.

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Vestiges des planeurs du major Howard – le sien est au second plan- à quelques mètres du pont de Bénouville, le café Gondrée est sur la gauche de la photo. © IWM

L’opération « Coup de main »

Remorqués depuis l’Angleterre d’où ils ont décollé peu avant 23h00 et décrochés au dessus de Cabourg, les 6 planeurs Horsa transportant les 120 hommes du major Howard (compagnie D du 2e bataillon de la 6e brigade aéroportée) atterrissent à l’est de l’Orne à 00h16. Howard doit alors déplorer un mort et quelques blessés dans les rangs de sa compagnie.

Si les planeurs 1, 2, 3, 5 et 6 achèvent leur trajectoire selon les plans et avec une grande précision près des ponts de Ranville et de Bénouville, le planeur n° 4 s’égare vers la Dives à 13km de l’objectif, à Périers-en-Auge. C’est le début de l’opération « Coup de main ».

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Le major John Howard © DR.

Le major John Howard dans l’armée britannique en 1932 à l’âge de 19 ans avant de rejoindre les rangs de la police à Oxford en 1938. Rappelé en décembre 1939 il est rattaché aux troupes aéroportées et prend en 1942 le commandement de la compagnie D du 2e bataillon des Ox and Bucks. Quelques semaines avant le D Day, il se voit confié l’attaque des ponts de Ranville et Bénouville dont la prise doit permettre à la 3e division d’infanterie de se rendre rapidement à Caen. Il supervise l’entraînement de ses hommes et prépare lui même les plans de l’assaut. Entré le 6 juin 1944 dans la légende de Pegasus Bridge, le major Howard participe à la tête de sa compagnie à toute la bataille de Normandie jusqu’en septembre 1944. Grièvement blessé dans un accident de la route en novembre 1944 en Grande-Bretagne, et contraint de quitter l’armée en 1946, il entame une carrière de fonctionnaire jusqu’à sa retraite en 1974. John Howard est décédé en 1999.

L’assaut du pont de Bénouville est lancé à 00h20. Pour les sentinelles allemandes la surprise est totale. Au cours de l’attaque vers le pont le lieutenant Brotheridge est mortellement touché au cou. Il est probablement le premier soldat britannique tué le Jour J. Quant aux charges explosives censées avoir être placées sur le pont par les Allemands, elles sont retrouvées stockées par la section du lieutenant Smith, sans avoir été utilisées.

Den Brotheridge commande la section 25 de la compagnie D du 2nd Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry, unité désignée pour s’emparer des ponts de Bénouville et de Ranville. A bord du planeur n°1 qu’il partage avec son chef, le major Howard, il foule le sol normand vers 00h16. L’atterrisage est rude, mais précis – à 30m du pont levant – ce qui permet à Brotheridge de se projeter une fois à terre vers l’opposé du pont en direction d’un poste de mitrailleuse allemande. C’est à ce moment précis qu’il est fauché par une rafale le touchant mortellement au cou. Il avait 29 ans. Il laisse une jeune épouse en Angleterre en attente d’un futur événement. Le corps de Den Brotheridge repose depuis 1944 dans le cimetière civil de Ranville.

Les vagues aéroportées

Les parachutages des 60 éclaireurs de la 22e compagnie indépendante de la 6e Airborne sont effectués à 00h20 sur les zones de Ranville, Varaville, et Touffréville. Leur mission est de marquer les zones de saut en y implantant les balises radio nécessaires au guidage au sol des planeurs et des avions devant devant amener les troupes et le matériel.

Trente minutes après le balisage des terrains, plus de 2 000 hommes de la 5e brigade (7e, 12e et 13e bataillon), sont parachutés au nord de Ranville en même temps que 730 containers de matériel. Leur mission est de nettoyer et tenir la Drope Zone N en vue de l’atterrissage en masse des planeurs de la brigade prévu à 3h30. La dispersion des hommes est importante : après le saut, les pertes s’élèvent à 16 tués, 82 blessés et près de 430 paras qui ne rallieront jamais leur unité.

Les parachutages sur la Drop Zone V entre Varaville et Gonneville, se déroulent au même instant : il s’agit du reste du 1er bataillon canadien (la compagnie C a sauté en éclaireur à 00h30) et du 9e bataillon de la 3e brigade. Egarés et fortement dispersés, les 550 hommes du colonel Otway vont mettre plus de 4 heures pour se regrouper avant de se diriger vers leur objectif, la batterie de Merville.

Les hommes du 8e bataillon du colonel Pearson (3e brigade) sont parachutés à leur tour à 00h50 de Ranville à Toufreville. Ils doivent se diriger après leur regroupement vers les ponts de Bures et de Troarn qu’ils doivent détruire.

Après les hommes, c’est au tour du matériel d’être parachuté. Peu après 1h00, trois des six planeurs prévus (les autres se sont posés par erreur ou se sont écrasés sur d’autres zones plus éloignées) avec à bord des jeeps, des armes lourdes et des explosifs arrivent sur la zone d’atterrissage de Toufréville.

Tandis que le 13e bataillon atteint le carrefour de Ranville avec comme mission de déraciner à coup d’explosifs les « asperges de Rommel » sur la prairie de la Drop Zone N, un groupe de paras britanniques entre dans Ranville pour libérer le village. C’est chose faite à 2h30, faisant de Ranville le premier village libéré.

Peu après, vers 3h00, le 7e bataillon de la 5e brigade arrive enfin en renfort sur le pont de Bénouville après avoir sauté près de Ranville. Il prend aussitôt en charge la défense de Bénouville et du hameau du Port.

Enfin c’est au tour du patron des troupes aéroportées britanniques, le général Gale, de se poser en planeur avec la 3e vague d’assaut amenant le matériel lourd et l’état-major de la division près de Ranville. Il est alors 3h30. Ranville est sécurisé depuis plus d’une heure. Gale s’y rend aussitôt à pied pour installer son PC au château du Hom.

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Portrait du major général R.N. Gale .(c) Le Mémorial de Caen

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Portrait du major général R.N. Gale .(c) Le Mémorial de Caen

Ancien de la grande guerre ayant combattu dans la Somme, Richard Nelson Gale est promu brigadier en 1941 avec pour mission la création de la 1re Brigade parachutiste. Promu à la tête de la 6e Airborne Division au printemps 1943, Gale organise et entraîne sans relâche sa troupe d’élite jusqu’au débarquement en Normandie. Le 6 juin 1944, il se pose près de Ranville avec la 3e vague de planeurs avant de prendre ses quartiers à Ranville. Il tient la tête de pont des commandos et des aéroportés jusqu’au début de l’opération Paddle le 15 août 1944. De retour en Angleterre après la bataille de Normandie, on le retrouve après la guerre en Méditerranée, en Allemagne, enfin comme aide de camp de la Reine Elizabeth II au milieu des années 50. Richard Gale est décédé en 1982. Il reste aujourd’hui la figure emblématique de la 6e Airborne.

Avant le lever du jour, le flanc oriental de la zone du Débarquement est ainsi entièrement cadenassé. Commencée à minuit et terminée à l’aube, l’Opération Tonga se révèle être un vrai succès : 74 planeurs ont été correctement acheminés, 4 300 hommes et 1 200 containers sont sur place avant 5h20.

L’ultime opération du jour dans ce secteur, l’opération Mallard permettra l’arrivée dans la soirée, entre 20h30 et 21h00, de 250 planeurs supplémentaires autour de Ranville, Bénouville et Saint-Aubin-d’Arquenay, déposant notamment la dernière brigade de la division, la 6e Airlanding et ses 2 800 combattants

Le 6 juin au soir, ce sont au total 1120 planeurs qui ont atterri à l’est de l’Orne.

Près de 9 000 combattants britanniques ont pris pied dans ce secteur avec comme objectif de tenir coute que coute la tête de pont ainsi formée, et ce jusqu’à la prise de Caen.

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Derrière les trois planeurs Horsa du Major Howard s'élève le pont Pegasus Bridge. (c) Le Mémorial de Caen

Ranville premier village libéré par les Britanniques.

De l’autre côté du pont tournant – baptisé Horsa Bridge – pris sans difficulté par les hommes du major Howard, Ranville doit sa libération aux environs de 2h30 aux hommes de la 5e brigade parachutiste et plus précisément à ceux du 13e Batallion du Lancashire qui ont nettoyé les rues principales du bourg sans rencontrer de grande résistance. Ainsi, une heure plus tard, le général Gale peut y installer le poste de commandement de sa division au château du Hom. Au petit matin les paras doivent cependant repousser une contre attaque du régiment du major von Luck de la 21e Panzer au Bas-de-Ranville. La plupart des victimes des combats du 6 juin tombés à l’Est de l’Orne sont enterrés le soir-même autour de l’église communale. Aujourd’hui 2564 soldats dont 2152 Britanniques reposent dans le cimetière militaire de Ranville, qui s’enorgueillit d’être premier village de France libéré.

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Vue aérienne de la batterie de Merville pilonnée par les raids aériens et les obus de marine. © IWM

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Travaux d’aménagement à l'entrée d'un des bunkers de la batterie de Merville (c) Library of Congress / Le Mémorial de Caen

L’attaque de la Batterie de Merville

Edifiée en retrait de la côte, au sud du bourg, la batterie allemande de Merville organisée autour de ses 4 casemates en béton abritant des canons de 150mm et défendue par une garnison de 150 hommes, constitue un grave danger pour le bon déroulement du débarquement sur Sword Beach. L’assaut de cette fortification a été planifié pour la nuit précédant le Jour J. Il a été confié au 9e bataillon de parachutistes du lieutenant-colonel Otway.

Au moment de l’attaque, la position de Otway est très défavorable. Il n’a pu rassembler que 150 hommes, peu armés (une seule mitrailleuse et quelques torpilles Bengalore), sur les 550 parachutés peu avant 1h du matin autour de Varaville mais dispersés au cours de la nuit. Les 3 planeurs censés atterrir à l’intérieur du système défensif de la batterie ne sont pas parvenus à s’y poser, le survol de la position par deux d’entre eux ayant même alerté les Allemands.

Otway décide malgré tout de lancer l’assaut vers 4 h 30, en dirigeant ses hommes répartis en quatre groupes vers les 4 casemates. Les combats sont brefs mais terribles. Otway perd la moitié de ses hommes pour s’emparer de canons se révélant finalement être de faible calibre (100 mm au lieu des 150 mm attendus). Otway doit évacuer la position vers 5h00 pour laisser place aux tirs du HMS Arethusa positionné au large. Malgré les pertes et le peu de risque encouru pour Sword Beach, la prise de la batterie reste un des faits d’armes majeurs du Jour J.

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La jonction des troupes de Lord Lovat avec les parachutistes britanniques de la 6e Airborne est réalisée à 15h00 à Bénouville (IWM)

La jonction entre les parachutistes et les commandos de la 1re brigade spéciale

Débarqués en plusieurs vagues à Sword Beach, la première brigade de service spécial, sans le n°4 Commando franco-britannique occupé à libérer Ouistreham, traverse le bourg de Colleville avant de bifurquer en direction de Saint-Aubin d’Arquenay. Les champs traversés en direction de Bénouville sont jonchés de planeurs de la 6e Airborne, mais aussi de tireurs embusqués. Parvenus à proximité du pont basculant, la progression s’effectue au son de la cornemuse de Bill Millin, qui a été prié d’annoncer aux parachutistes l’arrivée des commandos. La jonction avec les parachutistes s’effectue aux alentours de midi aux abords du Café de la famille Gondrée, le temps pour le major Howard et Lord Lovat de se congratuler avant que les commandos ne continuent leur marche en avant, traversant Pegasus Bridge sous les tirs de l’ennemi, s’enfonçant un peu plus dans la tête de pont aéroportée vers Amfreville et Ranville.

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Bill Millin, au premier plan de dos s’apprête à débarquer sur la plage de Sword Beach avec le QG de la Brigade spéciale de Lord Lovat, 6 juin 1944, 8h40. © IWM

Après avoir passé les 12 premières années de sa vie au Canada, son pays natal, Bill Millin revient en Ecosse en 1934. Dix ans plus tard, il est le seul joueur de Cornemuse à participer au Débarquement. Il doit cette exception au patron de la Première brigade de Service Spécial Lord Lovat qui l’a appelé à ses côtés. Bill Millin, n’en est à pas à son premier débarquement. Avant la Normandie il y a eu l’Afrique du Nord puis la Sicile. Le 6 juin 1944, ouvrant la marche aux commandos, Bill Millin enchaîne de Colleville à Pegasus Bridge « Higland Ladies », The Road to the Isles », « Rawentree » avant que Lovat ne lui demande un nouvel air pour prévenir le major Howard de l’arrivée des commandos. Ce sera le fameux « Blue Bonnets over the Border » exécuté à l’entrée de Bénouville puis « March of the Cameron men » à la sortie de Pegasus Bridge. Bill Millin reviendra inlassablement presque chaque année sur les lieux de ses exploits jusqu’à sa mort en 2010.

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4 juin 1944. Dernières vérifications des équipements pour des parachutistes américains avant le départ pour la Normandie (c) US Air Force / Le Mémorial de Caen

Les opérations aéroportées

Les parachutages américains

Pour s’emparer du port de Cherbourg, les Alliés ont décidé en décembre 1943 de rajouter une plage supplémentaire à l’ouest de la Baie des Veys, Utah Beach. Pour protéger ce nouveau secteur, ils ont décidé de lancer deux divisions parachutistes, au dessus de Saint-Marie-du-Mont et Sainte-Mère-Eglise. Le largage 82e et 101e Airborne des généraux Ridgway et Taylor se fera au cours de la nuit précédant le Débarquement afin d’empêcher toute contre-attaque allemande vers les plages. Pour y parvenir les paras doivent prendre le contrôle des quatre routes à la sortie de Utah Beach, détruire les ponts sur la Douve, constituer une tête de pont à l’Ouest du Merderet, enfin s’installer à Sainte-Mère-Eglise.

Les opérations débutent à 00h15, avec le largage de 260 éclaireurs embarqué à bord de 40 appareils. Ces hommes sont chargés de baliser les zones attribuées aux parachutistes et aux planeurs. Parmi eux le capitaine Franck Lillyman, chef des « pathfinders » de la 101e division aéroportée, certainement le premier soldat américain à poser le pied en Normandie.

Le 6 juin 1944, le capitaine Franck Lillyman appartient au 502e régiment et commande les éclaireurs de la 101e division aéroportée dont la mission est de baliser au sol les zones de saut et d’atterrissage des planeurs. Il saute en première position de l’avion de tête aux environs de 00h15. Blessé au cours de l’opération, il est rapatrié dans hôpital anglais, avant de rejoindre le front de Normandie quelque temps plus tard.

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Sur l’aérodrome de Greenham Common, le général Eisenhower s’entretient avec les hommes de la compagnie E de la 101e Airborne avant leur parachutage sur Saint-Martin-de-Varreville, 5 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num1039

ENT.2-14.2

Devant l’épave d’un planeur, 8 corps de soldats de la division aéroportée sont allongés et recouverts d’un parachute, Hiesville, 6 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num222

Le largage de la 101e Airborne

Entre 1h00 et 2h00, 900 Dakotas C47 larguent les hommes des 82e et 101e divisions.

La 101e saute la première dans le secteur de Sainte-Marie-du-Mont. Ce matin-là, le général Taylor qui commande les 6900 paras de la division est le premier général américain à poser le pied en France. Créée durant l’été 1942, la 101e Airborne et ses trois régiments (501e, 502e et 506e régiment), essuie ce matin-là son baptême du feu.  L’inexpérience des pilotes, les tirs de la Flak, les marais inondés provoquent de lourdes pertes et une grande dispersion des hommes.

Le 502e régiment du colonel Moseley saute au-dessus de la Drop Zone A (Turqueville) avant de se diriger vers la batterie de Saint-Martin-de-Varreville. S’étant brisé la jambe au moment de l’atterrissage, Moseley doit passer son commandement à son second, le colonel Michaelis. Au terme d’un largage approximatif, le colonel Cassidy qui commande le 1er bataillon du régiment ne peut regrouper que 250 hommes pour sécuriser le secteur de Foucarville et Beuzeuville-au-Plain.

A 01h15, une partie des 501e et 506e régiments est larguée de manière catastrophique sur les Drop Zones C et D à proximité de Hiesville, Saint-Côme-du-Mont, Sainte-Marie-du-Mont et Vierville. Sous les ordres du général Taylor, deux groupes parviennent à se mettre en marche vers les sorties de Utah et de Pouppeville.

A 01h30, le colonel Johnson qui commande le 501e régiment est parachuté au sud d’Angoville-au-Plain. Il regroupe autour de lui 150 hommes pour marcher en direction des ponts sur la Douve.

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Le général Maxwell Taylor de la 101e Airborne recevra du général Montgomery la médaille militaire le 7 juillet 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num4157

Le général Taylor, premier général américain posé en Normandie

Ancien de West Point, Maxwell Davenport Taylor est promu général en 1942 à l’âge de 41 ans. L’une de ces missions est d’assister le major général Ridgway dans la conversion de la 82e division en unité aéroportée en 1942. Il participe à la campagne d’Italie en 1943 avant d’être désigné par Eisenhower pour prendre le commandement en mars 1944 de la 101e division aéroportée. Il saute sur le Cotentin peu avant 1h00 du matin et combat toute la journée à la tête des hommes qu’il a pu regrouper. Il est de tous les combats avec la 101e jusqu’au retrait de sa division à la fin du mois de juin 1944. Il commandera après guerre la 8e armée américaine en Corée avant de jouer un rôle politique de premier plan durant la guerre froide. Il décède en 1987.

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Formation de planeurs remorqués par des avions de transport C-47 au-dessus de l'Angleterre. (c) US Air Force / Le Mémorial de Caen

Le largage de la 82e Airborne

La 82e division est une division aéroportée d’une grande expérience après avoir été engagée en Afrique du Nord en 1942 puis en Sicile et en Italie en 1943. Articulée en 4 régiments elle aligne à la veille du Jour J près de 7500 hommes. 6 400 hommes s’apprêtent à être déployés dans le Cotentin embarquées à bord de 377 avions et 52 planeurs.

Les 505e, 507e et 508e régiments de parachutistes de la 82e Airborne sont largués à 2h00 du matin. Les objectifs sont précis : s’emparer du nœud routier de Sainte-Mère-Eglise et des ponts sur le Merderet.

Le 505e régiment du colonel Vandervoort est largué sur la Drop Zone 0 avant de s’installer à Neuville-au-Plain au nord de Sainte-Mère-Eglise. Malgré sa jambe cassée à l’atterrissage, Vandervoort résiste aux contre-attaques répétées de la 91e division allemande. Seuls quelques hommes sont largués directement sur le bourg de Sainte-Mère défendu par les Allemands. Parmi eux, le soldat John Steele, blessé lors de son atterrissage sur le clocher de l’église, faisant le mort pendant deux heures avant d’être d’être décroché par un soldat allemand.

Les 507e (colonel Millett) et 508e régiment (colonel Lindquist) sont largués de manière catastrophique à l’ouest du Merderet sur la Drop Zone N. Le colonel Shaney qui commande le 2e bataillon du 508e régiment réunit 300 hommes près de Picauville pour atteindre la cote 130, lieu de rassemblement du régiment.

John Steele, l’homme du clocher de Sainte-Mère

Soldat de 2e classe originaire de l’Illinois, John Steele saute avec le 505e régiment de la 82e Airborne au dessus du village de Sainte-Mère-Eglise. Il finit son parcours sur le clocher de l’église vers 4h00 du matin. Blessé par un éclat d’obus, Steele fait le mort deux heures durant pour ne pas être tué. Détaché du clocher par un soldat allemand au petit matin, il est aussitôt fait prisonnier. A peine remis sur pied, il parvient à s’évader trois jours plus tard et à rejoindre son unité ave laquelle il contribue à la victoire américaine de Sainte-Mère Eglise.

Le sort de John Steele le 6 juin 1944 est devenu une des séquences les plus célèbres du film Le Jour le plus long.

ENT.2-18

Les combats des paras au sol

Si du côté américain peu d’hommes sont rapidement opérationnels une fois au sol, la confusion est pire du côté allemand, confusion entretenue par l’énorme dispersion des hommes en autant de groupes hétérogènes. A 04 h 00, le colonel Cole (502e régiment) est parvenu sur son objectif avec 120 hommes. Il ne peut que constater la destruction de la batterie de Saint-Martin anéantie par les bombardements alliés. Il se dirige ensuite vers les sorties d’Utah Beach où il fera la jonction avec les premiers éléments de la 4e division d’infanterie en début d’après-midi.

Sainte-Mère-Eglise est investie à 4 h 30 par 250 parachutistes de la 82e, sous les ordres du lieutenant-colonel Krause, commandant du 3e bataillon du 505e régiment.

Au même moment le général Pratt, qui commande en second la 101e Airborne, trouve la mort au cours de l’atterrissage de son planeur.

Sainte-Marie-du-Mont est libéré dans l’après-midi par les parachutistes des 501e et 506e régiments (101e Airborne) regroupés par le capitaine Lloyd Patch qui doivent repousser une contre-attaque du 6e régiment parachutiste du colonel von der Heydte.

ENT.2-19

Quatre membres de la 82e Airborne entrent dans Sainte-Mère-Eglise, 6 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num60.

Sainte-Mère-Eglise doit aujourd’hui sa renommée autant au film hollywoodien Le Jour le Plus Long qui lui accorde une place de choix, qu’aux événements qui s’y sont déroulés dans les premières heures du 6 juin. Lorsque les premiers parachutistes de la 101e Airborne atterrissent par erreur au milieu du bourg peu avant 1h, civils et Allemands sont occupés à éteindre un incendie déclaré peu de temps auparavant près de l’église. Pris pour cible, les paras de la 101e puis ceux de la 82e sont immédiatement tués par les Allemands, certains avant même d’avoir pu toucher terre. Suspendu durant deux heures par son parachute aux balustres de l’église, John Steele devient immédiatement après guerre le symbole de l’exploit et du sacrifice des paras américains du 6 juin. Le village sera finalement libéré vers 4h30 par les hommes du lieutenant-colonel Krause. La jonction avec les troupes venues de Utah ne sera réalisée que le lendemain. Depuis, Sainte-Mère-Eglise se dispute avec Ranville – pourtant libéré par les Britannique à 2h30 – le titre de premier village libéré de France.

ENT.2-20

Progression des troupes aéroportées en Normandie (c) US Army / Le Mémorial de Caen

Les ponts sur la Douve et le Merderet

Les paras de la 101e Airborne ont progressé vers les ponts sur la Douve. A 4h30, le pont de Brévands est atteint par une poignée d’hommes du 3e bataillon du 506e régiment du capitaine Shettle qui s’installe aussitôt sur la rive droite face aux Allemands défendant l’accès à Carentan.

Une demi-heure plus tard, c’est au tour du colonel Johnson (501e régiment) et une cinquantaine d’hommes de s’emparer de leur objectif, l’écluse de la Barquette sur l’estuaire de la Douve, au nord de Carentan.

Les largages à l’ouest du Merderet se sont avérés les plus catastrophiques de toute la zone, plusieurs jours seront nécessaires aux hommes de la 82e Airborne pour rejoindre leurs unités. Malgré ce handicap, le général Gavin avec quelques hommes des 507 et 508e régiment parviennent à s’emparer des ponts sur le Merderet, et notamment du pont de la Fière peu après 11h00.

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Des prisonniers de guerre allemands sont interrogés par un soldat de la 101e division aéroportée américaine.(c) NARA / Le Mémorial de Caen

Bilan du 6 juin

Plus de 13 000 parachutistes des 82 et 101e Airborne ont été largués entre minuit et 3h00 du matin par plus d’un millier d’appareils dont une centaine de planeurs. Effectués dans de très mauvaises conditions météo, sous les tirs de la Flak, les largages ont été très approximatifs, dispersant loin de leur drop zones assignées des combattants égarés dans les marais. 75% des hommes se sont ainsi posés loin de leurs objectifs rendant particulièrement difficile le regroupement des unités. La première jonction entre les paras et la 4e division d’infanterie venue d’Utah Beach est réalisée du côté de Pouppeville, aux premières heures du jour. Ainsi, si toutes les missions confiées aux troupes aéroportées n’ont pas été remplies, la protection du débarquement de l’infanterie sur Utah Beach est néanmoins assurée le 6 juin à l’aube.

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Les plages américaines
- Omaha Beach -

La plage d’Omaha – nom de code reprenant le nom d’une ville du Nebraska – s’étend sur 6 km devant les villages de Vierville, Saint-Laurent-sur-mer et Colleville. Ce secteur s’insère entre Utah Beach, la seconde plage américaine et le secteur britannique Gold. A l’entrée des vallées encaissées conduisant vers la plage, les Allemands ont édifié pas moins de quatorze points d’appui fortifiés, complétés par des murs et des fossés antichars, des nids de mitrailleuses et de mortiers, des champs de mines et de barbelés. Pour détruire ce système défensif tenu par la 352e division d’infanterie venue en renfort dès avril 1944, les Alliés ont prévu des bombardements aériens de nuit et des tirs d’artillerie de marine dès les premières lueurs de l’aube. C’est sur cette plage que doivent débarquer les 1re et 29e division d’infanterie des généraux Gerhardt et Huebner. La mission des fantassins est d’établir la liaison entre Utah Beach et Gold Beach, et une solide tête de pont sur 30 km de côtes avant d’avancer vers Saint-Lô.

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6 juin 1944. Vue de la flotte d'invasion depuis l’USS ANCON (c) NARA / Le Mémorial de Caen

Le bombardement des côtes

Précédant le débarquement, des bombardements aériens et des tirs d’artillerie de marine pilonnent pendant trois quarts d’heure les côtes d’Omaha.

Tout commence peu après 3h00, lorsque le croiseur USS Ancon, le navire amiral à la tête de la Force O, jette l’ancre à 23 km des côtes sur une mer démontée battue par de violents courants. A 4h30, les hommes embarquent à bord des barges.

A 5h45, les cuirassés américains Texas et Arkansas, les croiseurs Glasgow, Georges-Leygues et Montcalm – deux bâtiments français – et les 11 destroyers d’escorte ouvrent le feu sur les batteries allemandes, notamment sur la batterie de Longues-sur-mer.

A 6h00, l’aviation prend le relais. 329 appareils Liberator de la 8e US Air Force américaine, protégés par 36 squadrons de Mustang et de Spitfire survolent les cotes pour y déverser les 13 000 tonnes de bombes embarquées. Evoluant au dessus des nuages bas et craignant d’atteindre les troupes approchant du rivage, les bombardiers larguent leurs bombes à l’intérieur des terres, épargnant sans le savoir les fortifications côtières allemandes.

Aussi lorsque à 6h30 les troupes d’infanterie foulent le sable d’Omaha, le système défensif  allemand, peu entamé, est en capacité de repousser l’assaut américain.

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Soldats de la 1re division d’infanterie débarqués d’un LCVP rejoignent la plage, 6 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num3620

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Soldats de la 1re division d’infanterie débarqués d’un LCVP rejoignent la plage, 6 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num3620

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GI’S américains se frayant un chemin au milieu des obstacles sur la plage d’Omaha, 6 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num5753

Les premières vagues d’assaut

A 6h30, les premières vagues d’assaut de la 1re division (la fameuse Big Red One) et de la 29e division d’infanterie débarquent sur les secteurs Charlie, Dog, Fox  et au centre, Easy, là même où le photographe Robert Capa réalisera ses célèbres clichés. De violents courants côtiers ont déporté certaines unités des secteurs qui leur étaient assignés.

1 450 hommes appartenant aux 8 compagnies des 116e et 16e régiments se sont élancés. Face à eux, au dessus de la plage, abritées derrière les talus, les unités de la 352e division d’infanterie du général Kraiss, attendent de pied ferme les assaillants tandis qu’entrent en action les batteries allemandes laissées intactes malgré les bombardements.

Sitôt mise à terre la compagnie A du 116e régiment est rapidement annihilée sur l’aile droite de l’assaut, le régiment perdant près de 1 000 hommes en quelques minutes. Partout le déluge du feu allemand est terrible, prenant en enfilade les Américains sur tous les secteurs. Deux compagnies se terrent au pied des Moulins, quatre autres s’agglutinent sous les hauteurs de Colleville, une dernière enfin s’est égarée tellement loin de son secteur qu’elle ne pourra débarquer qu’une heure trente plus tard. Comble de malchance, sur les 83 chars amphibies envoyés avec la première vague, 35 ont coulé en pleine mer ou ont été détruits avant même d’atteindre les plages. Ceux qui sont parvenus sur la plage sont détruits par les pièces antichars. Après une demi heure de combat, quelques combattants sont parvenus péniblement jusqu’à la levée de galets au pied de la colline. C’est dans ce terrible chaos, alors que la première vague n’est pas encore sortie de l’eau, que la 2e vague s’apprête à débarquer à 7h00.

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6 juin 1944. Plaqués sur les talus de galets les GI’s se protègent comme ils le peuvent des tires ennemis (c) US Army / Le Mémorial de Caen

La 2e vague d’assaut

La 2e vague d’assaut de la 29e division débarque comme convenu à 7h00, suivie trente minutes plus tard par les éléments de la 1re division. Sur la plage où la marée remonte, la confusion est à son comble, les hommes débarqués, souvent en état de choc, n’arrivent plus à avancer tandis que les pertes s’allongent de minutes en minutes.

A 8h00, les éléments du 16e régiment parviennent enfin à s’établir à l’abri du talus qui surplombe la plage. Le régiment de la Big Red One parvient à contourner le point d’appui allemand Wn 60, avant de s’en emparer une heure plus tard et de filer vers le Grand Hameau. C’est là que sera dégagée la première vallée à partir de 9h00. C’est dans ce secteur également que le colonel Georges Taylor du 16e RI lâchera à ses hommes une phrase restée célèbre : « Deux sortes d’hommes resteront sur cette plage : les morts et ceux qui vont mourir. Alors foutons le camp d’ici en vitesse ! »

Dans le même temps, d’autres éléments du 16e régiment débarqués sur Easy Red parviennent à franchir le talus à l’abri des tirs allemands entre les WN 65 et 64.

Au même moment, à l’est de Vierville, 500 hommes du 116e régiment et du 5e bataillon de Rangers escaladent la falaise et atteignent le plateau. Il s’agit là de l’une des toutes premières percées. Une heure plus tard, 600 hommes emmené par le général Cota, commandant adjoint de la 29e division, se sont regroupés pour marcher en direction de Vierville qui sera atteint vers 11h00.

Vers 9h00, les 2e et 3e bataillon du 116e régiment parviennent enfin à se hisser entre les points d’appui WN 65 et WN 66. Face à eux, les soldats de la 352e division d’infanterie continuent d’opposer une vive résistance, même si l’intensité du feu diminue quelque peu.

Un peu plus de 3 heures après l’heure H, le désenclavement de la plage d’Omaha s’amorce péniblement, au moment-même où le général Bradley, patron des forces terrestres, envisage l’abandon des opérations sur Omaha.

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Portrait du général Omar Bradley (c) US Army / Le Mémorial de Caen

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Le général Bradley et les amiraux Kirk et Stuble observent le déroulement du débarquement depuis le pont de leur navire. (c) US Navy / Le Mémorial de Caen

Abandonner Omaha.

Embarqué sur le croiseur lourd USS Augusta, le général Bradley, suit au large la bataille sur Omaha Beach. En tant que chef des forces terrestres américaines, il prend connaissance minute après minute de tous les rapports qui lui parviennent. Les nouvelles sont extrêmement mauvaises, ses armées sont en passe d’être massacrées sur Omaha. Devant le niveau de pertes alarmant et l’impossibilité des GI’s de s’extraire de la plage, Bradley envisage à 9h00 de réembarquer les survivants pour les redéployer sur des secteurs voisins moins meurtriers, Gold et Utah, avec le risque de laisser un trou béant dans la tête de pont alliée. Mais la situation à terre est en passe de s’améliorer. A 9h30 Bradley reçoit un radiotélégramme l’informant que « les troupes jusqu’ici clouées au sol sur les plages Easy Green, Easy Red et Fox Red progressent au delà des hauteurs dominants les plages ». La demande d’autorisation de repli ne sera jamais donc envoyée à Eisenhower. De nouveaux renforts parvenus sur Omaha à 10h30 allaient faire définitivement basculer les troupes américaines dans le camp de la victoire.

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Monsieur Poidevin, maire de Colleville fraîchement libéré, accueille le premier soldat américain. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num1386

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Le drapeau tricolore flotte sur le monument aux morts de Saint-Laurent-sur-mer, 8 juin 1944. (CRT de Normandie)

Premières libérations de Vierville, Colleville et Saint-Laurent

Le bourg de Vierville est atteint vers 11h00 et libéré vers midi par des éléments du 116e régiment d’infanterie. Les points d’appui WN 65 et WN 64 sont neutralisés vers 12h00, permettant désormais l’accès à la sortie de plage vers la vallée du Ruquet. La partie ouest de Colleville est investie au même moment par les GI’s qui y livrent de sérieux combats face à la 352e division pour contrôler une partie du bourg. La libération totale du village n’interviendra que le lendemain matin. Saint-Laurent enfin est investi dans le milieu de l’après-midi par les bataillons du 115e régiment arrivés en renfort dans la journée. Le village ne sera lui aussi libéré que le lendemain.

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Un soldat américain se repose contre une falaise de la plage d'Omaha.(c) US Army / Le Mémorial de Caen

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AU soir du 6 juin, des soldats américains noyés sont rassemblés sur la plage par leurs camarades. (c) NARA / Le Mémorial de Caen

Bilan du 6 juin

Au soir du 6 juin, la 352e division allemande a perdu 1 200 hommes : 200 tués, 500 blessés et 500 disparus. Du côté américain, la situation reste très confuse. Si 34 250 hommes et 2 870 véhicules ont été débarqués sur les plages, la progression vers l’intérieur des terres demeure délicate devant la résistance acharnée de quelques points d’appui allemands. Les sorties de plages restent insuffisantes pour désengorger les milliers d’hommes débarqués. A 14h00, trois sorties de plages sont néanmoins ouvertes : la D1 à Vierville, la E3 près du WN 62 à Colleville et la F1 près du Wn 60

Quant au bilan humain, il est très lourd. Sur Omaha devenue « Omaha la sanglante », les Américains viennent de perdre 3 900 hommes au total dont près de 1 000 morts pour la conquête au final d’une fragile tête de pont, longue de 8 km et large de 2 à 3 km, au lieu de 25 km de long sur 8 à 10 km de profondeur.

Robert Capa, un photographe au cœur de la première vague d’assaut

Lorsque Robert Capa débarque sur Omaha, il est photographe de guerre pour Life magazine. Il a  30 ans. Il a déjà couvert la guerre sino-japonaise, la guerre d’Espagne. Ce jour-là il est le seul photographe à avoir été autorisé à débarquer avec la première vague d’assaut sur Omaha, secteur Easy Red. Pour saisir ce moment historique, Capa a emporté avec lui avec trois appareils photos. A bout de pellicule, il parvient à rembarquer sur une barge qui le conduit vers un navire hôpital. En état de choc, le photographe prend le temps de référencer ses 4 bobines de 6 rouleaux chacune. Arrivé à Weymouth, il décide de retourner aussitôt en Normandie et confie ses photos à un coursier de Life. Elles parviennent à Londres à l’heure du bouclage du journal. Le développement des clichés se fait alors dans l’affolement. Seules 11 photos floues seront récupérées sur l’ensemble du reportage. Capa sera de retour sur Omaha le 8 juin pour continuer à « couvrir » la bataille de Normandie. Il sera tué 20 ans plus tard, le 25 mai 1954, en sautant sur une mine tandis qu’il couvre la guerre d’Indochine au côté de l’armée française.

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Les plages américaines
- Utah Beach -

Pour s’emparer du port de Cherbourg, indispensable pour l’acheminement et le déploiement de la logistique de l’opération Overlord, les stratèges alliés choisissent en décembre 1943 une plage supplémentaire à l’ouest de la baie des Veys pour y faire débarquer l’infanterie. Recevant pour nom de code celui d’un état américain, le secteur de Utah s’étend de Sainte-Marie-du-Mont à Quinéville. C’est à la 4e division d’infanterie du général Barton qu’est confiée la mission de prendre pied sur la plage devant Saint-Martin-de-Varreville. Face aux dunes de Varreville, la grande plage de sable est le lieu idéal pour un assaut amphibie, même si l’accès à l’intérieur des terres est barré ensuite par une zone marécageuse profonde de 3 km. Une fois à terre et la tête de pont établie, les 23 000 Gi’s doivent établir la jonction avec les troupes aéroportées qui auront pris pied quelques heures plus tôt dans les secteurs de Sainte-Mère-Eglise et de Sainte-Marie-du-Mont.

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6 juin 1944. Les canons de l'USS Nevada ouvrent le feu sur les côtes normandes. (c) US Army / Le Mémorial de Caen

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Une escadrille de bombardiers américains B-26 survole la flotte alliée. (c) Archives municipales de Caen / Le Mémorial de Caen

Le bombardement des côtes

Alors que les parachutistes sont déjà sur place depuis plus d’une heure, le navire amiral de la Force U, l’USS Bayfield, jette l’ancre vers 2h30 à 20 km des côtes avec près de 800 navires de guerre et de transport de troupes.

L’assaut est précédé à 5h45 d’un intense bombardement naval. Le cuirassé USS Nevada ouvre le feu sur les puissantes batteries allemandes d’Azeville et de Saint-Marcouf tandis que le croiseur USS Tuscaloosa concentre ses tirs sur le Mont Coquerel et Crisbecq Saint-Marcouf.

Quelques minutes avant l’arrivée des barges, 276 Marauders de la 9e US Air Force pilonnent à leur tour les positions allemandes. Le Wn 5 sur la plage est alors complètement retourné. Vers 6h00, 6 avions Douglas-Boston du 342e escadron Lorraine, avec dans ses rangs des pilotes français, tendent un rideau de fumée entre les îles Saint-Marcouf et la pointe de Barfleur afin de masquer les tirs d’artillerie allemands. Ceux-ci parviennent néanmoins à gêner l’approche de l’armada, voire à couler quelques navires. Parmi eux l’USS Corry : touché une première fois par une mine, le destroyer est atteint à 6h30 par un obus tiré depuis la batterie de Crisbecq, avant de couler une heure plus tard. Sur les 284 hommes d’équipage 22 marins trouvent la mort ce matin-là…

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Bombardier Douglas Boston 3 du groupe de bombardement Lorraine en vol. (c) Le Mémorial de Caen

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Des Français au dessus de Utah Beach

Constitué en septembre 1941 au Levant, le groupe de bombardement Lorraine opère pour la première fois contre les troupes de l’Axe en Cyrénaïque. L’unité de la France Libre gagne ensuite la Grande-Bretagne pour être transformée sur bombardiers moyens Douglas Boston. Rattaché à la RAF en avril 1943 en tant que Squadron 342, le groupe Lorraine repart en mission en juin 1943 s’employant notamment à la destruction des sites de lancement de V1 en France et en Belgique. Spécialisé au printemps 1944 dans le bombardement de nuit, le Groupe est désigné par le commandement allié pour tendre un rideau de fumée – opération « Screen Smoke » – de la pointe de Barfleur jusqu’à l’embouchure de la Vire. Le 6 juin 1944, 12 Boston décollent alors par paires de leur base britannique pour exécuter avec succès leur mission au dessus de Utah. Le groupe participe ensuite à la bataille de Normandie en détruisant les ponts sur la Seine, puis aux batailles d’Arhnem, des Ardennes et aux opérations de franchissement du Rhin en 1945. L’unité est faite Compagnon de la Libération par le général de Gaulle en mai 1945.

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Troupes médicales rejoignant la plage des Dunes depuis leur LCM de débarquement, 6 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num66

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Médecins de la 4e division d’infanterie prodiguant les premiers soins aux blessés lors du débarquement, 6 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num67

Le débarquement de la première vague

Le débarquement de la première vague d’assaut se déroule entre 6h40 et 6h50. Appuyé par les chars amphibies du 70e bataillon de chars – 28 sur les 32 ayant été lâchés à 3km de la côte sont parvenus jusqu’à plage – les trois bataillons du 8e Regimental Combat Team (RCT) de la 4e division d’infanterie prennent pied à environ 1 kilomètres au sud du site initialement prévu. Parmi les 600 hommes parvenant à se regrouper, figure le général Théodore Roosevelt, commandant en second de la division, seul général à débarquer avec la première vague. Après s’être aperçu de son erreur – de forts courants en réalité avaient déporté ses hommes vers ce nouveau point de débarquement – Roosevelt décide de faire débarquer les vagues suivantes sur la même plage, là où finalement les défenses allemandes se révèlent moins redoutables, mais au risque de provoquer d’important encombrements.

Vers 8h00, la totalité du 8e régiment est parvenu à débarquer sur Utah et se dirige dès lors vers l’intérieur des terres en direction de Pouppeville. La jonction tant attendue avec les parachutistes de la 101e Airborne aura lieu vers 13h00 à Pouppeville.

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Portrait du général Theodore Roosevelt, le 12 juillet 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num639.

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Derniers hommage au général Roosevelt le jour de son enterrement le 15 juillet 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num679

Fils d’un ancien président des Etats-Unis du début du siècle et cousin lointain de Franklin Roosevelt président en exercice depuis 1932, Théodore Roosevelt a 57 ans lorsqu’il débarque sur Utah Beach le 6 juin 1944. Blessé deux fois en France au cours de la Première Guerre mondiale, il participe à la deuxième guerre avec le grade de colonel. Promu général en 1941, il participe aux opérations d’Afrique du Nord avant d’être nommé commandant en second de la 4e division d’infanterie. Sa santé est précaire et son âge avancé mais parvient à convaincre son supérieur de le laisser débarquer en Normandie avec la première vague d’assaut. Il décède brutalement d’une crise cardiaque à Méautis le 12 juillet 1944 alors que le général Eisenhower vient de lui confier le commandement de la 90e division d’infanterie. Son corps repose aujourd’hui au cimetière américain de Saint-Laurent.

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Soldats américains rejoignant la plage. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num3627

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Soldats et blindés débarquant sur la plage de Utah. Conseil Départemental de la Manche, arch. dép. A.D. 13Num5747

L’arrivée des 2e et 3e vagues

Le débarquement de la 2e vague se déroule vers 10h00 avec l’arrivée du 22e régiment dont la mission est de remonter vers le Nord, vers Saint-Germain-de-Varreville, Saint-Martin-de-Varreville tandis qu’un bataillon progressera le long de la côte. Contraints à traverser les marais inondés, les deux autres bataillons du régiment mettent plus de sept heures avant d’attendre Saint-Martin et Saint-Germain. Le 3e bataillon qui s’est emparé du Wn 10  se retrouve pour sa part bloqué le soir au Hamel de Cruttes.

Aux alentours de midi, c’est au tour de la 3e vague de débarquer sur la plage de la Madeleine. Le 12e régiment d’infanterie est accompagné du 40e groupe de cavalerie, d’une unité du génie et de deux bataillons du 359e RI de la 90e DI.

Devant l’encombrement des voies de sortie, le 12e régiment est contraint de passer par les zones marécageuses derrière les plages en direction du sud de Beuzevile-au-Plain où il s’établit en fin de journée sur la gauche du 502 régiment de la 101e Airborne.

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Prisonniers de guerre allemands sur la plage d’Utah Beach dans l’attente de leur embarquement vers l'Angleterre. (c) US Navy / Le Mémorial de Caen

Bilan du 6 juin

Au soir du 6 juin, les fantassins de la 4e division ont poussé les limites de la tête de pont  jusqu’au Hamel aux Cruttes, Beuzeuville-au-Plain, Turqueville, le sud de Saint-Mère-Eglise, Blosville, Sainte-Marie-du-Mont. Au-delà, la jonction avec les paras, excepté celle de Pouppeville, n’a pu être réalisée. Les Allemands de la 91e Luftlande et de la 709e division d’infanterie opposent une vive résistance. 23 000 hommes ont été mis à terre sur Utah Beach le soir du 6 juin, ainsi que 1 700 véhicules. Les pertes de la 4e division se montent à 200 hommes, dont 60 disparus en mer. L’erreur dans la zone de débarquement a donc été bénéfique en éloignant Utah des tirs des batteries lourdes de Crisbecq et d’Azeville.

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Les plages américaines
- La Pointe du Hoc -

Au sommet de la pointe du Hoc, promontoire naturel dominant d’une trentaine de mètres une étroite plage de galet, les Allemands ont installé dès 1942 une puissante batterie capable de balayer une grande partie des côtes. En 1944, six canons français de 155mm d’une portée de 8 km sont en place, dirigés depuis un poste de direction de tir construit en 1943. Pas moins de 200 hommes – fantassins et artilleurs – constituent la garnison chargée de défendre ce site fortifié.

Pour les Alliés, la prise de la Pointe du Hoc est primordiale pour la réussite du débarquement sur Omaha et Utah Beach. La position sera bombardée en avril, mai et le 6 juin 1944 à l’aube. Mais par sécurité une force d’assaut venue de la mer est prévue pour escalader la falaise à l’aide de cordes et d’échelles. Le 2e bataillon de Rangers du colonel Rudder qui est rattaché au 116e régiment d’infanterie de la 29e division a été choisi pour cette délicate mission.

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Photographie aérienne de la Pointe du Hoc (c) US Army / Le Mémorial de Caen

L’approche de la pointe du Hoc

Vers 5h00 du matin, le croiseur HMS Glasgow et le cuirassé USS Texas se positionnent devant la Pointe du Hoc afin de préparer l’assaut des Rangers. Les canons du Texas tirent 255 obus sur les positions allemandes avant de tirer sur Vierville. Vers 5h50, c’est au tour des destroyers USS Saterlee et HMS Talybont d’ouvrir le feu sur la Pointe du Hoc. Enfin à 6h00, les bombardiers de la 9e US Air Force entrent en jeu : ils pilonnent les positions fortifiées allemandes entre Utah et Omaha.

Dans le même temps les 3 compagnies de Rangers ont mises à l’eau à bord de LCA et de DUKWS. En faisant route vers son objectif, Rudder comprend qu’une erreur de navigation est  en train de le déporter vers une autre pointe, plus à l’est, la Pointe de la Percée. Il donne alors l’ordre de longer les côtes sous le feu de l’ennemi. C’est avec quarante minutes de retard sur le planning  que les Rangers se présentent au pied de la falaise. Privés du renfort du 5e bataillon qui, sans nouvelle, a été dirigé dès 7h00 sur Omaha, les hommes de Rudder se retrouvent alors livrés à eux-mêmes.

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A l’est de la Pointe du Hoc, les prisonniers allemands sont sous bonne garde (c) NARA / Le Mémorial de Caen

La prise de la Pointe du Hoc

Sous les tirs allemands, les Rangers lancent leurs cordes et les échelles de cordes à l’aide de roquettes. Des échelles extensibles sont également déployées sur place venant compléter des échelles de pompiers amenées par les Rangers. Les 225 hommes s’élancent à 7h10. Dix minutes plus tard, les Rangers des compagnies D, E, F, parviennent au sommet et engagent le combat avec les artilleurs allemands. Quinze minutes plus tard, les Rangers s’emparent de la batterie de la Pointe du Hoc, finalement vide de ses canons : au lendemain des bombardement d’avril 1944, de gros madriers de bois ont remplacé dans leurs encuvements les canons de 155 mm déposés à 1,5 km au sud. Ce sont ces canons que les sergents Lomell et Kuhn découvriront plus tard vers 9h00 en position de tir dans un chemin creux… avant d’être détruits.

La pointe du Hoc est aux mains des Rangers, mais ces derniers sont isolés, encerclés par les 352e et 716e divisions allemandes. Les pertes sont lourdes : 135 Rangers ont été mis hors de combat lors de l’assaut. Le soir du 6 juin, le 116e régiment prévu pour les secourir est encore loin, il campe à Vierville, à 6 km de là. Ce n’est qu’aux alentours de 21h00, que Rudder recevra un premier renfort de 23 Rangers du 5e bataillon de Rangers. Mais ce n’est que le 8 juin que les 90 rescapés de la Pointe du Hoc seront définitivement délivrés.

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Le lieutenant colonel James Earl Rudder à la Pointe du Hoc le 7 juin 1944. (c) US Army / Le Mémorial de Caen

Le colonel James Rudder n’avait pas le profil d’un militaire de carrière. Avant de prendre le commandement du 2e bataillon de Rangers en juin 1943, « Big Jim » tel est son surnom, a été joueur puis entraîneur du club de football américain de sa ville natale de Brady au Texas. Fermier de profession, réserviste, il est avant tout un sportif accompli lorsqu’il est rappelé au service actif en 1941. Il a alors 31 ans. Son fait de gloire reste la prise de la Pointe du Hoc, malgré ses multiples blessures. Pour son courage il reçoit la Distinguished Service Cross. Il commande en janvier 1945 le 109e régiment d’infanterie durant la bataille des Ardennes. Promu brigadier général en 1954, il termine sa carrière militaire en 1957 avec le grade de Major Général. Il décède le 23 mars 1970 à Houston  au Texas.

Léonard Lomell, l’autre héros de la Pointe du Hoc

Le sergent Lomell a 24 ans au moment du Débarquement. Il est chef de section à la compagnie D du  2e bataillon de Rangers de Rudder. Blessé sur la plage il fait partie des premiers Rangers à escalader la falaise. Lorsqu’il découvre l’absence des canons au sommet de la pointe du Hoc, sa mission qui consistait à les détruire perd d’un coup tout son sens. Sa compagnie est alors chargée d’établir un barrage sur la route côtière. Parti en reconnaissance avec le sergent Jack K. Kuhn, il tombe nez à nez avec les cinq canons camouflés dans un verger. C’est en utilisant des grenades thermites qui font fondre les mécanismes vitaux que deux canons seront neutralisés, tandis que les trois autres verront leurs organes de visée détruits. Léonard Lomell s’illustrera une seconde fois lors de la prise de la cote 400 au cours de la bataille de la forêt de Hürtgen en Allemagne en décembre 1944 et pour laquelle il recevra la Silver Star. Lomell est décédé en 2011

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Photographie aérienne de la plage de Gold Beach, le jour du Débarquement. (c) US Air Force / Le Mémorial de Caen

Les plages britanniques
- Gold Beach -

Entre la plage américaine d’Omaha et la plage canadienne de Juno, le secteur de Gold Beach qui s’étend de Port-en-Bessin à Ver-sur-mer est confié au XXXe corps britannique. La 50e division d’infanterie (50th Northumbrian Infantry Division) du général Graham doit débarquer à l’est d’Arromanches devant Asnelles et Ver-sur-mer, pour faire la jonction d’un coté avec les troupes américaines, de l’autre avec les troupes canadiennes tout en se portant au plus près de la route nationale 13 qui relie Caen à Bayeux et s’emparer de cette dernière ville.

Entre Arromanches et Port-en-Bessin, la batterie de Longues-sur-mer représente un sérieux danger pour la phase de débarquement. Aussi les Alliés ont-ils programmé un dernier raid dans la nuit du 5 au 6 juin : 604 tonnes de bombes sont déversées en quelques minutes par près de 99 quadrimoteurs.

C’est à 5h10, que les croiseurs Belfast, Orion, Ajax, Argonault et Emerald engagent leurs premiers tirs vers les batteries de Longues-sur-mer et Vaux-sur-Aure. En dépit des bombardements, la batterie de Longues est encore en état d’ouvrir le feu. Entre 6h05 et 6h20, ses canons prennent à partie la flotte de débarquement en direction d’Omaha et de Gold Beach, contraignant notamment le HMS Bulolo (embarquant le QG des forces de Gold) à quitter son mouillage. Après un duel entre la batterie et le cuirassé Arkansas, le croiseur Ajax et les bâtiments français Montcalm et Georges Leygues, la phase de débarquement va pouvoir commencer.

L’assaut de la première vague

7h25, la première vague de la 50e division (231e brigade et 69e brigade d’infanterie) prend pied sur le secteur Jig (Asnelles) et secteur King (Ver-sur-Mer), accompagnée des chars spéciaux de la 79e division indispensables pour ouvrir des passages dans les obstacles et réduire les points d’appui.

Sur le secteur King, le 5e East Yorkshire (69e brigade) débarque à La Rivière pour se heurter immédiatement aux tirs de 88mm du point d’appui WN 33.

De son côté, le 6e Green Howards (69e brigade) contrôle rapidement le point d’appui WN 35 au Hable-de-Heurtot avant de se diriger vers la batterie de Mont-Fleury en retrait de la plage, qui se rend sans combat, ses occupants ayant été assommés par les tirs de l’ Orion. La capture de cette batterie permet au sergent-major Stanley Hollis d’être distingué par une Victoria Cross, la seule décernée ce jour.

Stanley Hollis a 32 ans lorsqu’il débarque sur Gold Beach le 6 juin 1944. Il s’enrôle dans le 4e bataillon des Green Howards en 1939. Au déclenchement du conflit, mobilisé, il rejoint le 6e bataillon de la même unité. Il participe à la campagne de France de 1940 au sein du Corps expéditionnaire britannique, puis en Afrique du Nord à El Alamein et à Tunis dans les rangs de la 8e armée, enfin en Italie où il reçoit sa première blessure. Il retrouve les Green Howards et débarque avec eux sur Gold Beach. En arrière de la Rivière, la batterie du Mont-Fleury et ses quatre canons de 122mm a été neutralisée par les bombardements alliés avant même d’avoir pu tirer un seul coup de canon. Le 6e Green Howards est chargé de s’en emparer. Le sergent Hollis mène l’assaut capturant ou tuant ses occupants. Un peu plus tard à Crépon, la compagnie de Hollis s’oppose à une vive résistance allemande au sein du village. Hollis parvient à libérer deux de ses camarades restés prisonniers dans une maison prise sous le feu ennemi. Pour ces deux actes de bravoure réalisés dans la même journée, Stanley Hollis reçoit des mains du roi George VI, en octobre 1944 la Victoria Cross, la seule décernée le Jour J à un soldat britannique. Hollis est décédé en Angleterre en 1972.

La 231e brigade débarque sans difficulté sur le secteur Jig avant de se heurter aux fortifications du village du Hamel, le Wn 37.

Le 7e Green Howards (69e brigade) parvient à La Rivière vers 8h30 et s’empare de Ver-sur-mer abandonné par les Allemands. Les Britanniques se portent sur la batterie de Mare-Fontaine qui se rend sans combattre, les Allemands ayant été sonnés par les salves du Belfast.

Peu avant 8h25, c’est au tour des hommes du 47e Royal Marine Commando de débarquer devant Asnelles avec pour objectif le village de Port-en-Bessin. Retardés par d’immenses embouteillages formés sur la plage et une vive résistance au Hamel, les commandos tardent à se rassembler. Ils ne se remettront en marche qu’à partir de 14h00 pour parvenir dans Port-en Bessin le lendemain.

De toutes les batteries allemandes du secteur, celle de Longues-sur-mer tire encore en direction des assaillants. Deux coups directs tirés du croiseur HMS Ajax la font temporairement taire vers 8h45.

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Bunker de la batterie de Longues-sur-Mer, abritant une pièce d'artillerie de 150 mm. (c) Le Mémorial de Caen

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Bunker de la batterie de Longues-sur-Mer, abritant une pièce d'artillerie de 150 mm. (c) Le Mémorial de Caen

Longues-sur-mer, pièce maîtresse de la défense allemande

Avec ses 4 pièces d’artillerie de 150mm de 20 km de portée et son poste de direction de tir aménagé en rebord de falaise, la batterie de marine de Longues-sur-mer a été fortement bombardée par les Alliés sans que ceux-ci ne soient parvenus à la détruire le matin du 6 juin 1944. Elle reste dangereuse au moment où l’infanterie britannique débarque sur les plages de Gold. Son efficacité aurait du être encore plus redoutable si son poste de direction de tir avait été achevé le 6 juin 1944. Ce qui n’était pas le cas : devant l’ouverture de visée, s’étend encore le déblaiement du terrain ayant servi de camouflage au moment de la construction de l’édifice. L’aviation alliée troubla considérablement la dernière partie de ces travaux notamment les intenses bombardements précédant le débarquement. Malgré ce handicap les artilleurs allemands réussissent à répondre aux canonnades des navires alliés toute la journée du 6 juin jusqu’à ce que deux coups directs tirés du Georges Leygues n’atteignent plusieurs casemates de la batterie. Lorsque les Britanniques arrivent sur le site le lendemain, seule la casemate 1 était encore intacte, les autres ayant été endommagées ou entièrement détruites.

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L’assaut de la 2e vague

La deuxième vague d’assaut de la 50e division se met en place vers 11h00 : les 151e et 56e brigades d’infanterie débarquent à leur tour avant de marcher vers Bayeux. Magny, Vaux-sur-Aure et Bayeux seront atteints dans la soirée.

Vers 12h00, la compagnie B du 1er Hampshire (231e brigade) pénètre dans Asnelles après de sérieux combats menés contre la batterie du Hamel (WN 37). Après la prise d’Asnelles, la position fortifiée peut être contournée par le sud. L’assaut est donné à 14h00. Dans cette attaque qui part de toutes les directions, le bataillon change quatre fois de commandants dans la journée, trois d’entre eux ayant été blessés ou tués. La batterie du Hamel, épargnée par les bombardements navals et aériens, tombe définitivement vers 16h00.

Le village d’Arromanches est atteint dans la soirée par des éléments du 1er Hampshire. Le village de Ryes est libéré vers 16h00 par le 2e Devonshire Regiment (231e brigade) après plusieurs heures de combat contre des éléments de la 716e division d’infanterie. Le village de Crépon est libéré par la compagnie D du 6e Green Howards (69e brigade).

Partout les Allemands reculent. Mais ils sont aussi capables d’une contre attaque. Celle-ci est menée par un groupe de combat rassemblé par Kurt Meyer entre Villiers-le-Sec et Bazenville. L’opération est destinée à repousser les forces débarquées à Gold Beach. Si l’offensive allemande est finalement repoussée dans l’après-midi, elle contraint le repli dans la soirée des troupes britanniques sur Saint-Gabriel-Brécy.

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Au soir du 6 juin les soldats britanniques ont dressé un camp de fortune sur Gold Beach. (c) Camera Press

Bilan le 6 juin au soir

L’objectif fixé à la 69e brigade est réalisé dans la soirée : la route Caen-Bayeux, la RN 13 est atteinte. Au même moment, les premiers éléments de la 51st Highland Division débarquent à leur tour sur Gold Beach avec ceux de la 7e division blindée britannique.

La jonction avec les Canadiens débarqués sur Juno est enfin effectuée par le 7e Green Howards dans le village de Tierceville en fin de journée.

Au soir du 6 juin 1944, les Britanniques ont mis à terre près de 25 000 hommes sur Gold, enregistrant un peu plus de 400 pertes sur les plages. Une tête de pont de 10 km sur 10 a été établie et la route nationale a été atteinte, conformément aux plans initiaux. Mais Bayeux et Port-en-Bessin sont toujours aux mains des Allemands, et la jonction avec les Américains n’a pas pu être établie.

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Les plages britanniques
- Sword Beach -

Avec Utah, Sword est le deuxième secteur du débarquement rajouté au plan initial en décembre 1943. Sword s’étend en théorie de Langrune à Ouistreham. Mais il a été décidé de concentrer les vagues de débarquement sur un front plus étroit, devant Hermanville et Colleville-sur-Orne. La 3e division britannique a été désignée pour s’élancer la première, accompagnée par les chars spéciaux et amphibies. Sur ses deux ailes, elle doit bénéficier du soutien de deux brigades de commandos britanniques, nécessaires notamment pour l’assaut prévu sur la batterie de Ouistreham, objectif de la 1re Brigade tandis que Lion-sur-mer et Luc-sur-mer doivent tomber aux mains de la 4e brigade de commandos. La 185e brigade de la 3e division doit alors exploiter la situation en s’emparant de Caen avant la tombée de la nuit. Enfin la jonction avec les Canadiens débarqués à Juno constitue le 3e volet de la mission confiée à la division du général Rennie.

Bombardements et tirs d’artillerie

L’armada positionnée au large de Sword engage ses premiers tirs vers 5h00. Le premier drame intervient 30 minutes plus tard. Le destroyer norvégien Svenner est coupé en deux par une torpille allemande. Touché au niveau de la chambre des machines, le Svenner, sombre en quelques minutes. A son bord, 33 marins dont à son bord, 33 marins dont 1 Britannique trouvent la mort, tandis que 185 survivants peuvent être secourus. Le bombardement naval de Ouistreham se poursuit vers 5h45 sous l’impulsion du croiseur HMS Scylla, tandis que les batteries allemandes à l’est de la Dives sont pilonnées par le Warspite, le Ramillies et le Roberts.

Devant les plages de Sword le déluge de feu est intense contre les défenses côtières. Les canons du Frobisher, du Dragon, du Danae, de l’Arethusa et du Mauritius se taisent progressivement pour laisser place à la phase terrestre du débarquement.

Les Norvégiens dans le D Day

Le Svenner ne s’est pas toujours appelé le Svenner. Lancé le 1er juin 1943 en Grande-Bretagne, le destroyer de la classe S s’appelait auparavant le HMS Shark. Au matin du 6 juin, le Svenner bat maintenant pavillon norvégien. Il appartient, au sein de l’armada alliée, à la Marine royale norvégienne qui compte 43 navires marchands, 1 patrouilleur, 3 vedettes rapides, 3 corvettes et deux autres destroyers d’origine britannique, le Glaisdele et le Stord. Ce matin-là, dissimulées derrière un rideau de fumée, trois vedettes lance-torpille allemandes de la 5e flottille basée au Havre sortent du port avant de se heurter à la flotte alliée. Le Svenner est mortellement touché par l’une des 18 torpilles qui ont été lancées par les équipages de la Kriegsmarine. La tragédie du Svenner ne doit pas masquer les autres formes d’engagements de la Norvège dans l’opération Overlord, sur les mers certes, mais également dans les airs. Les 331 et 332 squadrons norvégiens du 132 Wing sont ainsi rattachés à l’Armée de l’air canadienne, au sein de laquelle jusqu’à la mi-août, les pilotes norvégiens fourniront un précieux appui tactique à l’infanterie canadienne et britannique.

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Vue prise depuis le LCT 610. Sword Beach, secteur Queen Red, vers 8h00. Un char du 22e Dragon brule après avoir été touché par un tir allemand.(c) IWM

La première vague d’assaut

La première vague d’assaut s’élance à 7h20, avec la mise à terre des unités spéciales de la 79e division blindée britannique du général Hobart chargées de dégager la plage. Les chars fléaux démineurs sont les premiers à toucher le rivage, suivis rapidement par les chars spéciaux du 13/18th Hussars.

C’est sur Queen Beach, sous secteurs Red et White, devant Colleville-sur-Orne et Hermanville-sur-mer, que débarquent à 7h25 les premières troupes de la 3e division : la 8e brigade d’infanterie et ses bataillons, le 2e East Yorkshire et le 1er South Lancashire, et la 1re brigade spéciale de commandos de Lord Lovat avec parmi eux les Français du 1er bataillon de fusiliers marins commandos sous les ordres de Philippe Kieffer. Dans la partie balnéaire de Colleville, le 2e East Yorkshire se heurte d’emblée au point fortifié allemand nommé « Cod », perdant 200 hommes dans les combats, tandis que la Brèche d’Hermanville est atteinte par les fantassins du South Lancashire au prix de quelques pertes. Cod tombera sous le coup des South Lancashire vers 9h00

Dans le même temps, le 41e Royal Marine Commando (4e brigade de commandos) débarque à l’ouest de Sword pour  s’emparer de Lion-sur-mer et assurer la liaison avec les commandos du 48e Royal Marine mis à terre sur Juno. Les commandos sont rapidement bloqués à Lion-sur-mer par le point d’appui WN 21. Privés de radio, ils ne peuvent demander l’appui naval et essuient de lourdes pertes au cours de cette opération. Le WN 21 codé Trout ne sera enlevé que le lendemain.

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4 juin 1944. Lord Lovat s'adresse aux commandos de sa brigade avant l’embarquement pour la Normandie. (c) Le Mémorial de Caen

Né en 1911, volontaire dans les Commandos dès l’été 1940, Simon Fraser Lovat, 25e chef écossais du clan Fraser, et 17e  Lord Lovat, s’illustre une première fois en Norvège lors du raid sur les îles Lofoten en mars 1941 puis lors du raid de Dieppe en août 1942 comme lieutenant-colonel à la tête du n°4 Commando. Le 6 juin 1944 il commande la Première Brigade de service Spécial récemment formée avec laquelle il débarque devant Colleville, pantalon en velours, col roulé et carabine à la main. Son piper personnel, Bill Millin est à ses côtés. Conformément aux ordres reçus, et avec quelques minutes de retard, il établit la jonction avec les parachutistes du major Howard au pont de Bénouville avant de rejoindre avec ses hommes le cœur de la tête de pont aéroportée. Grièvement blessé le 12 juin par un tir d’artillerie de la 51e division britannique lors des combats de Bréville, il est évacué en Angleterre. Après la guerre, Winston Churchill le nomme sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Retiré de l’armée en 1962 avec le rang de brigadier, il s’implique dans la vie politique à la Chambre des Lords comme dans le conté d’Inverness et s’éteint chez lui à Beauly en Ecosse en 1995.

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Hermanville-sur-mer, 6 juin 1944. Les hommes de la 185e brigade ont pris le contrôle de la place du bourg. © Le Mémorial de Caen

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Des commandos de la 1re brigade spéciale de Lord Lovat traversent Colleville-sur-Orne avant de rejoindre la 6e Airborne à Bénouville, 6 juin 1944 (IWM)

Premières percées et premières libérations

La deuxième vague d’assaut de la 3e division permet à 8h45, le débarquement du QG de la 1re brigade de service spécial, de son patron Lord Lovat et de son piper, le célèbre Bill Millin.

Hermanville-sur-mer est libéré vers 9h30 par le 1er South Lancashire (8e brigade) qui continue sa progression avant d’être stoppée par des tirs de 88 mm vers la crête de Périers. Le village devient alors le centre de rassemblement des unités du 2e échelon.

Au même moment Colleville-sur-Orne doit sa libération au 1er Suffolk (8e brigade) qui se dirige vers le point fort « Morris » sur la route de Saint-Aubin-d’Arquenay. La position allemande se rend sans combat.

La position fortifiée de Riva Bella – le casino, le port et ses écluses – est rapidement atteinte par les commandos de Lord Lovat. Les Français du Commando Kieffer, avec l’aide d’un char britannique parviennent à neutraliser la position du casino peu après 9h00. La garnison allemande se rend quelques minutes plus tard aux troupes britanniques, tandis que les Français se regroupent pour se remettre en marche vers Saint-Aubin-d’Arquenay en direction de Bénouville. Ouistreham-Riva Bella sera définitivement libérée vers midi

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Le Commando Kieffer à l’assaut de Ouistreham

Pour la grande majorité des 177 hommes du Commando Kieffer, le débarquement constitue le véritable baptême du feu, même si quelques uns, engagés dans ce bataillon de la France Libre dès sa constitution en Angleterre en 1942, ont déjà participé durant l’hiver 1943 à des raids de sondage sur les côtes ennemies dont celles de France. Rattaché au 4e Commando franco-britannique du colonel Dawson, lui même intégré à la brigade de Lord Lovat – avec les Commandos n°3, n°6 et le n° 45 RMC – le Commando Kieffer reçoit l’honneur de débarquer le premier devant Colleville. Trois hommes sont tués sur la plage avant l’assaut sur les fortifications du casino de Ouistreham qui débute peu avant 9 h 00. Vingt minutes plus tard Kieffer parvient enfin à neutraliser les défenses allemandes établies dans les soubassements de l’édifice grâce à l’appui d’un char britannique. Ce coup d’éclat des Français se paye au prix fort : 7 hommes perdent la vie au cours de la matinée dans les rues de la cité balnéaire. La deuxième partie de la mission, la jonction avec les Airborne à Bénouville est réalisée aux alentours de 16h00. En début de soirée, le Commando français remplit son troisième objectif en s’établissant défensivement sur les hauteurs d’Amfreville à l’est de l’Orne pour consolider la tête de pont tenue par les Britanniques. Kieffer blessé deux fois a perdu ce jour-là 44 hommes dont 10 tués. Les Français défendront cette tête de pont jusqu’à la mi-août avant de se lancer à la poursuite des troupes allemandes dans le cadre de l’opération Paddle en direction de la Seine. Kieffer et sa troupe réduite à 95  hommes quitteront la Normandie le 5 septembre 1944 pour une période de repos en Angleterre, avant de participer à un second débarquement aux Pays-Bas, le 1er novembre 1944.

La fermeture des accès vers Caen

Si la situation est favorable sur les plages et dans le secteur des troupes aéroportées, la progression à l’intérieur des terres est loin d’être facile.

En début d’après-midi la 185e brigade voit sa marche en avant stoppée par la 21e Panzer à hauteur de Biéville-Beuville. La situation devient critique pour les Britanniques lorsque vers 19h00 une compagnie de grenadiers motorisés et 6 chars de la 21e Panzer s’élancent de Mathieu (8km des côtes), traversent Douvres-la-Délivrande et parviennent à s’infiltrer dans l’espace laissé ouvert et large de 5 km entre les secteurs Sword et Juno aux abords de Luc-sur-mer. A 20h00, la colonne allemande est contrainte de rebrousser chemin devant l’arrivée de 250 planeurs et transporteurs de troupes de la 6e division aéroportée. Isolé et harcelé, le groupement allemand regagne le bois de Lébisey au nord de Caen, à la faveur de la nuit.

Entre temps les Allemands ont abandonné aux Britanniques certains de leurs points d’appui qui ont longtemps résisté et freiné la marche vers Caen : le WN 17, codé « Hillman », qui protége le PC du 736e régiment de grenadiers, est pris dans la soirée par le 1er Suffolk Regiment et des blindés du 13/18 Hussars, tandis qu’au nord de Saint-Aubin-d’Arquenay, les points forts codés « Daimler », « Sole » et « Morris » tombent tardivement sous les assauts du 2e East Yorkshire.

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Le colonel allemand Hans von Luck. © Le Mémorial de Caen

Le 6 juin 1944, la 21e Panzer du général Feuchtinger est la seule division allemande de chars présente sur le front du Débarquement. Constituée de 98 chars Panzer IV et de 120 véhicules blindés elle peut aligner en Normandie plus de 16 000 hommes. Les hésitations et les tergiversations du haut-commandement allemand dès les premières heures de l’ « invasion » vont cependant nuire à l’efficacité de la division blindée. Ses premiers éléments ne sont en effet engagés que vers 3h30 pour enrayer au nord de Caen la formation de la tête de pont aéroportée. Contraint de déployer la majeure partie de ses unités entre Caen et la mer, la possibilité d’une contre attaque de grande ampleur sur laquelle comptait Feuchtinger pour repousser les Britanniques à la mer disparaît heure après heure dans la confusion des ordres et les volte face de ses supérieurs. L’unique percée sera réalisée en toute fin d’après-midi à Luc-sur-mer avant de devoir rebrousser chemin. Seul point positif pour la 21e Panzer, au soir du 6 juin : elle verrouille tous les accès à Caen et repoussera les offensives britanniques jusqu’à la libération de la rive droite de Caen le 9 juillet 1944. De toutes les phases de la bataille, la 21e Panzer est l’une des unités allemandes les plus touchées en Normandie : elle perd près de 8 000 hommes dont plus de la moitié entre le 6 juin et le 31 juillet 1944.

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Des commandos de la 1re brigade spéciale débarquent sur Sword Beach en fin de journée accompagnée de troupes de génie, 6 juin 1944 (IWM)

Bilan du 6 juin

Dans l’après-midi, le général Rennie a réussi à repousser l’unique contre attaque d’envergure du D Day lancée par la 21e Panzer dans les environs de Périers. Dans les dernières heures du 6 juin, les Britanniques ont même tenté encore de percer les lignes ennemies vers Caen, en vain. Ainsi le 2e Royal Warwickshire (185e brigade) qui a atteint Blainville-sur-Orne vers minuit n’a pas pu poursuivre au delà, la 21e Panzer l’empêchant de progresser dans cette direction. Au soir du 6 juin, les Britanniques ont mis à terre près de 29 000 hommes ainsi que 2 600 véhicules. Ils enregistrent 600 pertes au total. Mais Caen qui devait être prise avant la nuit, est encore aux mains des Allemands.

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Des éléments de la 9e Brigade débarquent à Bernières-sur-mer en fin de matinée, 6 juin 1944 (CRT de Normandie)

La plage canadienne
- Juno Beach -

Entre Sword et Gold, la plage de Juno comprise entre Graye-sur-mer et Saint-Aubin-sur-Mer est réservée à la 3e division d’infanterie canadienne du général Keller. Celle-ci ne sera pas seule lors de l’assaut. Les chars de la 2e brigade blindée et les Britanniques du 48e Royal Marine Commando doivent appuyer les premières vagues. L’objectif des Canadiens est d’établir la jonction avec les Britanniques de Sword et de Gold. Sur le plan militaire l’aérodrome de Carpiquet à l’Ouest de Caen est l’objectif prioritaire.

Avant cela, dès 5h30, le croiseur Belfast pilonne lourdement les défenses allemandes, notamment la batterie de Ver-sur-mer. Pendant une heure et demie les positions allemandes sont bombardées par les navires et les avions de la RAF.

C’est avec 10 minutes de retard sur l’heure H et par rapport à Sword et Gold que se déroulera le débarquement des Canadiens. La forte houle conjuguée à la présence de récifs rocheux ne pouvant être franchis que par haute mer a contraint les Alliés à retarder l’heure initiale de l’assaut.

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L’état major de la 3e division d'infanterie canadienne à Bernières-sur-Mer. De gauche à droite, les capitaines Turton et Seamark, le major-général Keller et le brigadier Wyman. (c) Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

Le major-général Keller, le patron des Canadiens de Juno

Rodney  Keller est né en Angleterre en 1900 mais c’est au Canada où ses parents ont émigré qu’il s’engage dans l’armée après être passé par le collège militaire royal de Kingston. Après l’entrée en guerre de son pays d’adoption, il prend le commandement du Princess Patricia’s Light Infantry en 1941. En septembre 1942, Keller est élevé au grade de major général, puis nommé à la tête de la 3e division d’infanterie canadienne. Il débarque à la tête de ses 18 000 hommes le 6 juin sur Juno Beach. Il participe ensuite à la bataille de Normandie et notamment à l’offensive visant à libérer Caen, l’opération Windsor contre l’aérodrome de Carpiquet au début du mois de juillet. Grièvement blessé le 8 août entre Caen et Falaise par un tir américain lors de l’opération Tractable, il doit abandonner son commandement qu’il ne retrouvera pas jusqu’à la fin de la guerre. Il semble avoir été écarté pour ses écarts de langage, son trop fort tempérament, et des excès de consommation d’alcool. Il prend sa retraite en 1946. En 1954, il décède en Normandie lors d’un voyage privé, foudroyé par une crise cardiaque.

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Le 48e Royal Marine Commando débarque sur la plage de Saint-Aubin-sur-mer, secteur « Nan Red », 6 juin 1944 (IWM)

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Soldats canadiens débarquant sur la plage de Bernières-sur-Mer, avec une bicyclette sur le dos. (c) Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

Le débarquement des Canadiens

A 7h55, alors que les obstacles de plages sont recouverts par la marée montante, les premiers échelons de la 3e division (7e et 8e brigades d’infanterie) débarquent sur un front de 8km, à Bernières-sur-mer, Courseulles-sur-mer, Graye-sur-mer et Saint-Aubin-sur-mer.

Le North Shore Regiment (8e brigade) se présente avec 20 minutes de retard devant Saint-Aubin-sur-mer, avec face à lui, le point d’appui WN 27, resté intact en dépit des bombardements. C’est avec le concours des blindés du Fort Garry Horse et des chars spéciaux débarqués à 9h45 que les fantassins parviennent à prendre à revers l’obstacle et à libérer définitivement Saint-Aubin vers 11h30.

Le Regina Rifles Regiment (7e brigade) débarque à 8h00 devant Courseulles avec face à lui, le point d’appui WN 29.

Au même moment, à Graye-sur-mer, le Royal Winnipeg Rifles et le 1er Canadian Scottish – sans les blindés amphibies initialement prévus – se heurtent au WN 31, tandis qu’à Bernières-sur-mer le Queen’s Own Rifles of Canada (8e brigade) monte à l’assaut, lui aussi sans les chars, du point d’appui de la Cassine (Wn 28).

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Le 48e Royal Marine Commando débarque sur la plage de Saint-Aubin-sur-mer, secteur « Nan Red », 6 juin 1944 (IWM)

Le débarquement du 48e Royal Marine Commando

A la limite du secteur Sword, le 48e Royal Marine Commando prend pied à Saint-Aubin-sur-Mer. Durant l’approche deux de leurs embarcations ont coulé et 50% des hommes sont arrivés indemnes sur la plage. Cette unité fait partie, avec le 41, 46 et le 47e Royal Marine Commando de la 4e brigade de Service Spécial du brigadier Leicester. A la tête du 48e RMC, le lieutenant-colonel Moulton engage aussitôt ses effectifs vers Langrune et Luc-sur-mer pour établir la jonction avec les commandos du 41e Royal Marine Commando arrivant de Sword. Sur sa route se dresse le point d’appui WN 26 qui se révèle redoutable. L’assaut lancé avec l’appui de chars Centaur sera brisé par la résistance allemande et l’arrivée dans les environs de Luc-sur-mer d’un détachement de grenadiers de la 21e Panzer en fin de journée. Le 6 juin au soir les commandos auront perdu la moitié de leurs effectifs sans être parvenus à faire la jonction.

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Libérée par le Queen’s Own Rifle of Canada le 6 juin au matin, cette villa de Bernières (aujourd’hui Maison du Canada) allait devenir jusqu’en septembre 1944 le QG de l’amiral anglais Cooper chargé du ravitaillement des troupes alliés (c) Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

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Soldats canadiens posant avec des habitantes de Bernières-sur-Mer (c) Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

Premières libérations

Sur les plages que les troupes du Génie peinent à désengorger, les pertes de l’infanterie sont lourdes. Mais à force d’énergie et avec l’arrivée de la 2e vague d’assaut les lignes sont progressivement enfoncées. A 9h30, Courseulles est partiellement libérée. La résistance du 736e régiment ne faiblissant pas pour autant, la ville ne sera totalement libérée qu’en tout début d’après-midi. Après avoir nettoyé les défenses côtières, le bataillon des Regina Rifles se dirigera ensuite vers Reviers et Fontaine-Henry, libérés dans l’après-midi, puis vers le Fresne-Camilly.

A 10h00, Bernières est libérée par les Queens’s Own Rifles qui ont reçu les renforts des troupes francophones du régiment de la Chaudière.

A la mi-journée, tandis que la marée parvenue au plus haut rend la circulation dans la tête de pont particulièrement compliquée, la 9e brigade  débarque à son tour à Bernières pour s’élancer aussitôt vers Villons-les-Buissons au nord de Caen. Libéré dans la soirée par les North Nova Scotia Highlanders, Villons marquera la limite de la progression de la 3e division canadienne au soir du 6 juin.

Dans l’après-midi Graye-sur-mer tombe enfin aux mains des Canadiens qui ont réussi à réduire en dépit de lourdes pertes le WN31. Bény-sur-mer et Basly sont libérés au même instant par le régiment de la Chaudière, mais les Allemands restent présents dans la station radar installée à la sortie du village.

De leur côté les soldats du North Shore ont atteint Tailleville où le château abrite le PC du 2e bataillon du 736e régiment d’infanterie allemand. Ils y resteront bloqués jusqu’à l’arrivée des blindés du Fort Garry Horse leur permettant de s’emparer de la position en fin de journée.

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Des soldats du régiment de la Chaudière se rassemblent sous une position fortifiée allemande abandonnée, où trône encore une vieille mitrailleuse MG 08. (c) Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

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Des soldats canadiens du régiment de la Chaudière s'apprêtent à débarquer sur Juno Beach. (c) Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

Le régiment de la Chaudière en première ligne

Rattaché à la 3e division d’infanterie canadienne et composante de la 8e brigade, le régiment de la Chaudière débarque à 9h00  à Juno sur le secteur Nan. Rejoint par les blindés du Fort Garry Horse, il contribue à la libération de Bény-sur-mer puis de Colomby-sur-Thaon et sera de tous les combats autour de Caen, puis entre Caen et Falaise jusqu’à la mi-août. Combattant sous cette dénomination depuis 1936, le régiment tire ses origines de la milice canadienne sous régime français dans la seigneurie de Taschereau établie en 1736 aux abords de la rivière Chaudière. Composé à 98% de soldats francophones, le régiment de la Chaudière est avec le Commando Kieffer le seul régiment francophone parmi les forces alliées du 6 juin 1944. D’autres régiments canadiens français rejoignent le front de la Normandie durant l’été 1944 : le régiment de Maisonneuve et les Fusiliers Mont Royal, deux unités débarquées à Arromanches le 7 juillet 1944 avec la 2e division d’infanterie canadienne du général Foulkes et qui seront engagées dix jours plus tard pour libérer la rive droite de Caen.

Bilan du 6 juin

Le soir du 6 juin la 3e division canadienne qui a entamé sans attendre sa progression à l’intérieur des terres a débarqué 21 500 hommes et plus de 3 000 véhicules. La route nationale 13 est en vue, mais certains nids de résistance freinent encore la progression des Canadiens, à Tailleville, Sainte-Croix ou encore Fontaine-Henry. Plus grave, les objectifs majeurs qui avaient été fixés comme l’aérodrome de Carpiquet ou la station radar de Douvres n’ont pas été atteints. A la veille d’une campagne qui s’annonce difficile face à la 12e SS Panzerdivison qui vient de monter en ligne, la division canadienne enregistre déjà des pertes conséquentes :  1 200 hommes perdus dont 320 soldats tués.