OVERLORD PARTIE III

ENTREE3_SILDER01

3.97-1

La ville de Lisieux après les bombardements ©Archives du Calvados, 10Fi 227

3.97-2

Après les bombardements répétés, Vire n’est plus qu’un amas de ruines ©Archives du Calvados, 10Fi 332

7 juin

Les civils au cœur de la guerre

Nouveaux bombardements sur les villes normandes

Ratés une première fois lors des bombardements du 6 juin, certains objectifs des Alliés sont à nouveau les cibles de la Royal Air Force. Vire, Condé-sur-Noireau, Lisieux, Argentan, Saint-Lô et Coutances sont sous les bombes.

Vers 1 h 00, un nouveau raid s’abat sur Condé-sur-Noireau, tuant 200 civils dont le maire de la ville. Condé est détruite à plus de 70%. Trente minutes plus tard c’est au tour de Lisieux d’être pilonnée. Le cœur de la cité est entièrement rasé, seule la basilique Sainte-Thérèse est miraculeusement épargnée. Elle allait servir d’abri à des milliers de sans-abri. Plus de 700 Lexoviens sont tués ce jour-là.

Entre 2 h 30 et 3 h 00, un nouveau raid aérien prend pour cible Caen : les quartiers de la Charité, la Miséricorde, la caserne des pompiers sont sévèrement touchés. Le Lycée Malherbe reçoit 7 000 réfugiés, l’abbatiale Saint-Etienne 1 500 autres, tandis que le Bon-Sauveur transformé en centre d’accueil reçoit 2 000 caennais et 1 500 blessés. Les ponts sur l’Orne sont détruits par ces nouveaux bombardements. 200 nouvelles victimes sont relevées dans les ruines de la ville. A Coutances, 312 civils sont tués sous les bombes, 352 autres périssent à Saint-Lô.

A l’aube du 7 juin le bilan humain est lourd du côté des civils : près de 3 000 morts, soit autant que le nombre des combattants alliés tombés sur les plages le 6 juin. Dans l’après-midi, de nouveaux bombardements sont effectués par les forteresses volantes alliées au-dessus de Flers, Condé-sur-Noireau, Lisieux, Argentan, Falaise, Avranches, l’Aigle, Valognes, mais aussi dans les périmètres d’Alençon, Fougères, Mayenne, Rennes, ceci afin d’empêcher tout renforts allemands depuis ces régions.

3.98

Civils caennais, sinistrés par les bombardements, réfugiés dans l'église Saint-Etienne.© Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

L’îlot sanitaire du lycée Malherbe à Caen

Dès les premiers bombardements du 6 juin, les réfugiés caennais investissent les différents centres d’accueil organisés depuis des mois par les services de la Défense Passive. La grande majorité rejoint l’hôpital du bon Sauveur et le centre d’accueil n°4 aménagé dans les locaux du lycée Malherbe – installé dans les anciens bâtiments conventuels de l’Abbaye-aux-Hommes – ainsi que l’abbatiale Saint-Etienne qui lui est accolée. A tous les étages du Lycée, des caves aux greniers, dans le cloître, dans la nef, dans les travées et les absides de Saint-Etienne, partout des milliers de Caennais trouvent refuge. Dès le 7 juin, le réfectoire du lycée est transformé en hôpital complémentaire, une partie des services municipaux est transférée dans les salles de classe du lycée, une nurserie et une biberonerie sont mises en fonction, enfin un service réglementé de ravitaillement assure deux fois par jour des repas chauds à tous les réfugiés. Il fonctionnera jusqu’au 15 juillet. Dès le 7 juin, jour après jour, le lycée Malherbe devient une véritable fourmilière, une ville dans la ville, abritant la moitié des 20 000 Caennais ayant décidé de ne pas abandonner leur cité malgré les douleurs et les drames.

3.72

Planeurs Horsa remorqués par des C47 survolant la plage tenue par la police militaire, 7 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num1044

Les secteurs américains
- Omaha Beach -

L’extension de la tête de pont

Dès 3h00 du matin, des bombardements intensifs du Baldwin balaient la côte à Formigny, Trévières et Etreham. Dans la journée la route nationale 13 est bombardée par le Texas, l’Arkansas, le Glasgow, le Georges Leygues et le Montcalm. L’objectif est de faire reculer les lignes de résistance allemande empêchant l’extension de la tête de pont.

Tandis que Saint-Pierre-du-Mont est atteint peu avant 11h0, avant qu’une attaque allemande oblige le groupe à faire demi-tour, bloqué pour la nuit, Saint-Laurent-sur-mer est « nettoyé » vers 9h00 par le 3e bataillon du 115e régiment, aidé au large par les tirs du Priest. Formigny de son côté est attaqué dans la soirée par le 26e régiment de la 1re division d’infanterie américaine. Des patrouilles envoyées le long de la RN 13 rapportent que les Allemands tiennent fermement la position de Tour-en-Bessin.

3.73

Un civil, peut-être le maire de Vierville, Fernand Leterrier, donne des renseignements à un caporal américain, 7 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num5

La libération de Colleville et Vierville

Le village de Colleville-sur-mer a été atteint la veille par les hommes du 16e régiment d’infanterie. Opposés à la vive résistance des combattants de la 352e division allemande, les GI’s  n’ont pu libérer le village. Vers 10h00 Colleville-sur-mer tombe enfin aux mains des soldats de la 1re division d’infanterie et d’une force blindée tandis que la commune de Huppain est atteinte dans la soirée.

Vierville a été libéré le 6 juin dès 11h00 par les soldats du 116e régiment d’infanterie. Mais les Allemands sont loin d’avoir capitulé. Ils contre-attaquent en effet le 7 juin vers 5h30. A midi, après avoir changé plusieurs fois de main, le village de Vierville est enfin libéré par les troupes américaines.

3.74

Des renforts du 5e bataillon de Rangers transportant des armes lourdes et de l'équipement, arrivent au pied de la Pointe du Hoc. © NARA / Le Mémorial de Caen

Le sort des Rangers

Initialement confiée à la Force B  – en réalité la seule Compagnie C du 2e bataillon – la prise des canons de la pointe de la Percée n’a pu être menée à bien le 6 juin à l’aube. Les survivants de la compagnie C débarqués sur Omaha Beach à Dog Green s’emparent dans la matinée des canons de la Pointe de la Percée. Il s’agit de deux canons de campagne de 76 mm de marque Skoda qui pouvaient tirer de flanc sur toute la plage.

Toujours isolés et à court de munitions à la Pointe du Hoc, les hommes du colonel Rudder réclament des renforts. Le 6 juin dans l’après-midi ses appels ont été entendus : une trentaine de soldats, les survivants de la compagnie A du 5e bataillon de Rangers débarqués sur Omaha Beach sont arrivés depuis la mer avec des munitions. Au matin du  7 juin, après une nuit de combats, seuls 90 hommes sont encore en état de combattre Une force de secours de 500 hommes du 1er bataillon du 116e régiment d’infanterie (29e division d’infanterie) et du 5e Rangers, se met alors en route dans la matinée en direction de la Pointe du Hoc. Elle atteindra la Pointe du Hoc le lendemain vers midi après avoir contraint les Allemands à se replier en direction de Grandcamp pour délivrer enfin les 90 rescapés.

3.75-1

Le port de Saint-Laurent sur-mer vu depuis une jetée flottante.(CRT de Normandie)

3.75-2

Sur la plage d’Omaha, le matériel est acheminé à terre par de longues jetées flottantes. (CRT de Normandie)

Le port artificiel de Saint-Laurent-sur-mer

Innovation majeure et coup de génie des Britanniques réalisés dans le cadre d’Overlord, deux ports artificiels sont mis en place au large des côtes de Normandie dès le lendemain du Débarquement. Devant les plages de Saint-Laurent-sur-mer, les premières structures du port artificiel, le Mulberry A, sont installées dans la matinée. Elles sont constituées principalement par des caissons Phoenix, des caissons en béton de 1500 à 7000 tonnes destinés à former un solide barrage devant protéger le port de la houle. A l’abri de cette digue artificielle complétée par de vieux bâtiments coulés, seront mise en place dans un délai ne devant pas excéder trois semaines, des jetées et des quais flottants permettant l’acheminement des hommes et du matériel jusque sur le rivage. Un second port artificiel, le Mulberry B, est mis en place de la même manière devant Arromanches-les-Bains.

3.76-1

Des hommes du 819E EAB posent du grillage sur l’ALG A-6. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num 1321

3.76-3

Un avion de transport C-47 atterrit sur le premier aérodrome américain de Normandie, construit à Saint-Laurent-sur-Mer. © Le Mémorial de Caen

Premier terrain d’aviation au-dessus d’Omaha Beach

Afin d’assurer une couverture aérienne constante de l’opération Overlord au lendemain du 6 juin, les Alliés ont prévu de construire des terrains d’aviation en Normandie. Le premier aérodrome est américain. Il est aménagé sur les hauteurs d’Omaha Beach, sur le plateau de Saint-Laurent-sur-mer par le 834e bataillon de construction du génie de l’air. Les premiers éléments de la piste d’atterrissage d’urgence sont mis en place dès le 7 juin. Si le terrain d’aviation A 21 est opérationnel à 18h00, il faut attendre le 10 juin pour que la piste donne son plein rendement jusqu’à sa fermeture le 25 août 1944. Deux autres pistes d’atterrissage d’urgence sont installées dans le même temps à Asnelles (aérodrome britannique B1) et à Brucheville (aérodrome américain A-16). Au total 81 aérodromes seront construits en Normandie, tant en en secteur américain – sous le commandement de la 9e US Air Force – qu’en secteur anglo-canadien, sous le commandement de la 2e Tactical Air Force.

3.77-1

Près de la sortie E3 d'Omaha Beach, des soldats américains de la 214e compagnie de police militaire débarquent d'un LCT. © NARA / Le Mémorial de Caen

3.77-2

Vallée du Ruquet, 7 juin 1944. Véhicules et soldats américains dans les dunes d'Omaha Beach en direction de Saint-Laurent-sur-Mer.© US Army / Le Mémorial de Caen

Nouveaux renforts sur Omaha

Selon les plannings établis par les stratèges alliés, les renforts en hommes ne cessent d’arriver sur Omaha. Dans l’après-midi, les premiers éléments de la 2e division d’infanterie du général Robertson (la division Indian Head) constitués par le 9e régiment d’infanterie foulent le sable d’Omaha. Ils doivent participer sans attendre à l’élargissement de la tête de pont en nettoyant les dernières poches de résistance allemandes aux abords des plages. Derrière eux arrivent ensuite les tout premiers éléments de la 2e division blindée américaine du major général Brooks qui comporte près de 15 000 hommes, et 400 chars dont  la moitié de chars moyens Sherman. La division « Hell on Wheels » (l’enfer sur roues) est ainsi la première division blindée américaine à débarquer sur le continent.

3.78

Blindés et soldats américains s’enfoncent dans les terres dans le secteur d'Utah Beach. © US Army / Le Mémorial de Caen

- Utah Beach -

Nettoyer les poches de résistance allemandes

La jonction des parachutistes avec les forces débarquées sur Utah est établie à Sainte-Mère-Eglise lorsque le 505e régiment parachutiste de la 82e Airborne rencontre le 8e régiment d’infanterie de la 4e division d’infanterie. Vers 15h00, le général Collins, patron du 7e corps américain, entre dans Sainte-Mère-Eglise. Il y rencontre dans son PC établi à l’ouest de la ville, le général Ridgway. Les parachutistes sont de tous les combats pour élargir la mince tête de pont formée la veille. Dans la soirée, un front continu de Neuville-au-Plain à Chef-du-Pont, en passant par le pont de la Fière, est tenu par la 82e Airborne, renforcée entre temps par des éléments du 325e régiment de planeurs et des éléments du 8e régiment d’infanterie.

De son côté, la 101e Airborne poursuit ses attaques sur Saint-Côme-du-Mont et Houesville sans pouvoir conquérir les villages âprement défendus par les parachutistes allemands. Turqueville en revanche tombe aux mains du 8e régiment après que les Géorgiens du 795e bataillon, encerclés, se soient rendus. Le village devient pendant quelques temps le PC de la 90e division d’infanterie américaine récemment débarquée.

Pour s’ouvrir la route de Cherbourg les Américains doivent désormais s’emparer au nord de Sainte-Mère-Eglise des batteries allemandes d’Azzevile et de Crisbecq-Saint-Marcouf.

3.79

Vue générale de la batterie de Crisbecq après les bombardements. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num5504

Le 22e régiment à l’assaut des batteries de Crisbecq et d’Azeville

Située en surplomb à 3 km de la mer, la batterie de marine de Crisbecq, ses 4 canons de 210 mm et sa garnison de 400 hommes est la plus puissante de toute la Baie de Seine en dehors des forteresses du Havre et de Cherbourg. Fortement endommagée le 6 juin, elle demeure toujours dangereuse le 7 avec un de ses canons toujours intact dirigé sur la plage de Utah. Aussi, dans la matinée, les hommes du 22e régiment de la 4e division d’infanterie attaquent la position, avant de devoir refluer devant les pertes qui s’accumulent. L’attaque reprendra le 8 accompagnée cette fois-ci d’un important appui d’artillerie mais sans succès à la clé, puis le 9 juin avant que les Américains, voulant épargner leurs effectifs, ne délaissent la position pour remonter en direction de Quinéville et Montebourg. La batterie de Crisbecq tombe définitivement le 12 juin 1944, évacuée la veille dans la nuit par les Allemands.

Le 22e régiment d’infanterie se lance également à l’assaut de la batterie d’Azeville, de ses 4 pièces de 105 mm et de sa garnison de 170 soldats. Le 2e bataillon est aussitôt repoussé par une contre-attaque allemande sur sa ligne de départ. La garnison du capitaine Treiber finira par se rendre le 9 juin 1944 devant une attaque au lance-flammes et une intense préparation d’artillerie de marine.

3.80

Le général américain James Maurice Gavin.© NARA / Le Mémorial de Caen

Les combats du Pont de la Fière

Pour les parachutistes de la 82e Airborne les combats du Pont de la Fière commencés dès le 6 juin redoublent d’intensité à partir du 7. Ils dureront jusqu’au 9 juin. Il s’agit à la fois de tenir le pont de la Fière et la chaussée surélevée qui traverse la vallée inondée du Merderet, empêcher l’ennemi de marcher vers Sainte-Mère-Eglise et tenter de prendre pied sur l’autre rive pour faire la jonction avec les régiments aéroportés largués plus à l’Ouest et isolés au milieu des lignes ennemies. Le 7 juin les Allemands réitèrent leurs assauts après une forte préparation d’artillerie. Mais le 1er bataillon du 505e régiment résiste et tient le pont. Les combats font rage durant deux jours. La bataille de la Fière sera définitivement gagnée le 9 juin, lorsque sous l’impulsion du général Gavin, le second de la 82e Airborne, les combattants du 507e régiment et du 325e régiment d’infanterie aéroportée reprendront aux Allemands le village de Cauquigny, le point de sortie de la chaussée de la Fière, au prix de lourdes pertes et ce dans les deux camps.

Les secteurs britanniques
- Gold Beach -

Sécuriser et étendre la tête de pont

Après avoir effectué la jonction sur leur flanc gauche avec les Canadiens débarqués sur Juno, les troupes britanniques poursuivent leur pénétration vers le Sud. Sur la côte, Port-en-Bessin toujours aux mains des Allemands doit rapidement être libéré pour que le petit port, comme Grandcamp, Isigny ou Courseulles joue avant l’entrée en services des deux ports artificiels, un rôle dans le déploiement de la logistique alliée. Les hommes du 47e Royal Marines Commando repartent à l’assaut aux premières heures de la matinée pour libérer définitivement le lendemain le port de pêche et capturer près de 300 prisonniers. Toujours le long de la côte, gravement endommagée par les tirs de l’artillerie de marine alliée au cours du 6 juin, la batterie allemande de Longues-sur-mer, tenue encore par 184 soldats allemands, se rend sans combattre aux troupes britanniques venues par les terres.

Avec la prise de Bayeux, le long de la route nationale 13, effective le 7 juin, les Britanniques contrôle enfin un axe de communication stratégique leur permettant d’harmoniser leur système défensif entre Caen et le Cotentin.

3.82

Bayeux. Sous les regards de civils, un char Sherman emprunte la rue Larcher. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num1444

Bayeux, première ville de France libérée sur le continent

Les Britanniques investissent Bayeux sans combattre dans la matinée du 7 juin. Depuis la veille, des unités des 56e et 151e brigades stationnent aux portes de la ville après avoir débarqué sur Gold Beach. Les faubourgs de la ville ont même été investis par le 2e Gloucester Regiment à Saint-Vigor. Au matin du 7, ce sont les soldats de la 56e brigade de la 50e division britannique, ceux du 2e Essex Regiment , qui entrent les premiers dans la ville avant d’essuyer quelques escarmouches de courte durée devant la Poste sous les applaudissements d’une foule de spectateurs venus en curieux. En milieu d’après-midi, Bayeux peut célébrer enfin sa libération. Totalement évacuée par les Allemands, qui ont préféré concentrer leurs efforts à la défense de Caen, épargnée par les bombardements alliés, Bayeux, sous-préfecture du Calvados, devient ainsi la première ville de France libérée… sur le continent.

3.83-1

Photographie aérienne du port artificiel britannique à Arromanches.© US Army / Le Mémorial de Caen

3.83-2

Vue d’ensemble du port artificiel d’Arromanches © Le Mémorial de Caen

3.83-3

Les jetées flottantes et les brises lames du port d’Arromanches. © Le Mémorial de Caen

3.83-4

Ambulances empruntant les voies flottantes du port artificiel d'Arromanches, pour rapatrier les blessés dans les navires hôpitaux. © Le Mémorial de Caen

Le port artificiel d’Arromanches

Préfabriqués en Angleterre et amenés sur place après avoir été remorqués à travers la Manche, les premiers caissons Phoenix sont positionnés puis coulés au large d’Arromanches en milieu de journée pour former l’ossature d’un second port artificiel après celui de Saint-Laurent-sur-mer. C’est le début de la construction du Mulberry B, également dénommé « Port Winston » en l’honneur du Premier ministre anglais Winston Churchill qui en a eu l’idée. 17 navires sont également coulés au large pour former un brise-lames de blockships en complément des 115 caissons de béton. Si le Mulberry A de Saint-Laurent est affecté aux troupes américaines, le Mulberry d’Arromanches est réservé aux seuls Britanniques. Cette répartition fonctionnelle sera respectée jusqu’à la tempête dévastatrice qui sévit du 19 juin au 22 juin et qui détruisit totalement le port américain, faisant d’Arromanches l’unique port artificiel des Alliés durant toute la bataille de Normandie.

3.84

C’est dans le village de Creully qu’a été installé le premier studio de la BBC durant la bataille de Normandie © Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

La BBC en Normandie

A la liaison des secteurs Gold Beach et Juno Beach, le village de Creully a été libéré le 6 juin par les chars du 4/7e Royal Dragoon Gards. Le lendemain, les opérateurs de la BBC (British Broadcasting Corporation) installent dans la tour carrée de son château médiéval – déjà occupé dès 1417 par les Anglais lors du siège de Caen pendant la Guerre de Cent Ans – un studio radiophonique ouvert à tous les correspondants de guerre couvrant la bataille de Normandie. La première émission sera radiodiffusée en direct sur les ondes de la radio anglaise le 19 juin 1944. Depuis la petite salle voutée de cette tour carrée à quelques kilomètres de la ligne de front, les correspondants de guerre américains, canadiens et français de la BBC s’adresseront aussi bien à leurs auditoires du Home Service et du Programme destiné aux forces armées, qu’à des auditoires plus lointains en Afrique ou encore dans le Pacifique.

Le débarquement des Ecossais

Si les premiers éléments avancés de la division ont débarqué la veille au soir sur Gold Beach le gros de la 51e division d’infanterie Highland débarque le 7 dès 8h00. Division territoriale formée en 1939, la 51st Highland Division a été en majeure partie capturée en France en mai 1940. Une fois reconstituée, elle a participé aux campagnes d’Afrique du Nord dès juin 1942 et de Sicile en juillet 1943. Très expérimentés, ses hommes ont été rapatriés en Grande-Bretagne à partir de novembre 1943 pour se préparer à l’opération Overlord. Sitôt débarqués les Ecossais sont directement envoyés à l’est de l’Orne pour soutenir les parachutistes britanniques de la 6e Airborne et renforcer ainsi la tête de pont fragile Les premiers contact avec l’ennemi sont établis à la station radar allemande de Douvres-la-Délivrande. La division écossaise sera engagée à partir du 9 juin dans le bois de Bavent à l’est de l’Orne.

- Sword Beach -

Les objectifs britanniques

Pour les deux brigades de commandos débarqués sur Sword Beach, l’objectif est double : consolider la tête de pont aéroportée sur la rive droite de l’Orne au côté de la 6e Airborne face aux attaques menées par la 21e Panzer et libérer de manière définitive les localités en bord de mer où les Allemands résistent encore au sein de leur différents points d’appui, à Lion-sur-mer, Luc-sur-mer et Langrune-sur-mer. De leur coté, les brigades d’infanterie de la 3e division britannique du général Rennie qui ont conquis les plages sans réussir à consolider la tête de pont doivent se relancer vers Caen. Pour cela il faudra que les troupes du général Rennie brisent les lignes de résistance allemandes solidement ancrées à hauteur de la Cambes, Lébisey et Blainville.

Les commandos à l’assaut de Bréville et de Merville

Le Commando n°3 (1re brigade de service spécial) se dirige le long de la route  Sallenelles/Ranville et occupe le secteur au sud-ouest d’Amfreville afin d’empêcher toute infiltration de l’ennemi. Du coté de Merville, il tente de terminer le travail entamé la veille par les parachutistes du 9e bataillon du colonel Otway, avant d’être repoussé par un groupe de combat du 736e régiment de grenadiers allemand qui s’est rendu maître de la position. Pendant que le n°4 Commando et les Français du Commando Kieffer consolident leur position sur les hauteurs d’Amfreville, le Commando n°6 (1re brigade spéciale) se distingue en réalisant la seule action offensive du jour : il parvient en effet à détruire 4 pièces d’artillerie et deux pièces de Flak devant le village de Bréville-les-Monts sans pour autant parvenir à s’emparer du village âprement défendu par les Allemands. Bréville continue ainsi de former un saillant menaçant directement Ranville au coeur du secteur des parachutistes.

Les Royal Marine Commandos

A l’issue de combats meurtriers, Lion-sur-Mer est libéré dans la soirée par le 41e Royal Marine Commando (4e Brigade de service spécial) débarqué à l’extrémité occidentale d’Hermanville après qu’il se soit emparé de la position fortifiée allemande codée « Trout » (deux canons antichars, mortiers, mitrailleuses) avec l’aide d’un appui naval.

Devant primitivement débarquer devant Houlgate ou Bénerville, le 46e Royal Marine Commando (4e brigade) du lieutenant-colonel Hardy débarque finalement à 6 h 00 du matin le 7 juin pour se rendre à Saint-Aubin et attaquer le point fort du Petit-enfer. La position fortifiée tombe à 18 h 00 et laisse 65 prisonniers de la 716e division allemande aux mains des commandos. Plus loin Luc-sur-mer est libéré par le 41e Royal Marine Commando peu avant 22h00 après avoir opéré la jonction avec le 46e RMC.

Le front de la 3e division britannique

Dans la matinée, la 3e division d’infanterie et sa 185e brigade qui s’élance vers Caen par le nord, se heurtent dans le bois de Lébisey à un important nid de résistance tenu par des éléments de la 21e Panzer. Cresserons tombe aux mains du 1er South Lancashire (8e brigade britannique) venu d’Hermanville-sur-mer, après le repli défensif des grenadiers de la 21e Panzer. Le village de Mathieu est attaqué par le Kings’s Own Scottish Borderers (9e brigade d’infanterie). A 17h00, le 2e bataillon des Royal Ulster Rifles (9e brigade) tente de s’emparer de Cambes-en-Plaine défendu par les grenadiers de la division SS. Les Britanniques n’iront pas plus loin vers le sud, stoppés par les hommes et les blindés de la 21e Panzer.

L’action des paras britanniques

Les 12e et 13e bataillons parachutistes occupent Ranville et le Bas-de-Ranville. Tandis que le 2e bataillon Ox and Bucks de la 6e Airborne britannique s’empare du village d’Hérouvillette, avant de buter sur Escoville, le 1er Royal Ulster Rifles (le bataillon irlandais de la 6e brigade aéroportée britannique) se lance vers midi à l’assaut du village de Sainte-Honorine-la-Chardonnette. Là aussi la résistance du 125e régiment de Panzer Grenadiers du major von Luck est solide. Les Irlandais se replient en laissant dans les lignes ennemies près de 60 combattants, dont vingt seulement rejoindront leurs lignes le lendemain. Les hommes du général Gale parviennent néanmoins à tenir la crête, verrouillant ainsi la plaine. Le bilan de cette journée reste plutôt à l’avantage des Allemands qui ont pu lancer leurs offensives vers Ranville et Longueval,  se regrouper à Sannerville et à Troarn, mais aussi à l’est de Caen, à Banneville-la-Campagne, Cuverville et Touffréville.

Le secteur canadien

La marche en avant de la 7e brigade

La 7e Brigade d’infanterie canadienne (Regina Rifles Regiment, Royal Winnipeg Rifles) repart à la conquête de ses objectifs du 6 juin au soir. Son axe de marche est dégagé de toute présence allemande. Dans la matinée, les villages de Secqueville, Putot-en-Bessin, Norrey-en-Bessin et Bretteville-l’Orgueilleuse sont alors conquis les uns après les autres. A ce moment-là, la brigade de Foster est certainement l’unité alliée la plus avancée dans les terres. A la fin de la journée, sa progression a atteint la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg et le Royal Winnipeg Rifles occupe Putot-en-Bessin.

3.92-1

Canadiens du Highland Light infantry en repos à Buron. © Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

3.92-2

Char canadien détruit par la 12e SS panzer division, abandonné près d'Authie. © Le Mémorial de Caen

Echec de la 9e brigade devant Authie, Buron et Saint-Contest

La 9e brigade canadienne a reçu comme objectif de marcher sur Buron, Authie, Franqueville et Carpiquet. Sa progression sera couverte par l’artillerie marine alliée. Vers 11h00, les North Nova Scotia Highlanders et les blindés du 27e régiment franchissent sans difficulté le fossé antichar de Buron au nord de Caen. Buron est traversé vers 11h50. Authie est atteint sans difficulté vers 12h30. Alors que Carpiquet est en vue, les tirs d’artillerie du 25e régiment de Panzergrenadiers (12e Panzer SS Hitlerjugend) s’abattent soudainement avec violence sur les Canadiens Ecossais. Les compagnies A et B des Nova Scotia sont décimées au cours de leur repli sur Buron. De son côté la compagnie C est anéantie dans Authie face aux grenadiers du 25e régiment. Le repli doit être ordonné sur Villons sous la protection des tirs de la Royal Navy. Les Allemands ont mis hors de combat 400 hommes, dont 110 tués et 21 chars canadiens. Authie, Buron et saint-Contest ne peuvent être conquis.

3.93-1

Saint-Aubin-sur-mer, rue Canet, 6 juin 1944. L’attaque du North Shore Regiment se heurte aux nombreux obstacles allemands qui bloquent l’accès à la plage. © Le Mémorial de Caen

3.93-2

Soldat canadien posant près d’un bunker devant la plage de Saint-Aubin-sur-Mer. © Le Mémorial de Caen

La libération de Saint-Aubin, Graye-sur-mer, Langrune-sur-mer et Douvres-la Délivrande

Saint-Aubin-sur-mer tombe aux mains des soldats du North Shore Regiment (8e brigade canadienne) après des combats les opposant aux Allemands du 736e régiment d’infanterie. Graye-sur-mer est conquis par les Royal Winnipeg Rifles (7e brigade canadienne) qui s’empare du dernier point de résistance dans la ville, un sanatorium à l’ouest du bourg farouchement défendu par une poignée d’artilleurs allemands. A 22h00, deux troops du 46e Royal Marine Commando venues du Petit-Enfer par Luc-sur-mer et de Saint-Aubin-sur-Mer pénètrent sans combats dans Douvres-la-Délivrande copieusement bombardée depuis la veille par l’artillerie de marine.

A Langrune-sur-mer, les combats entrepris la veille par le 48e Royal Marine Commando pour s’emparer du point fort allemand redoublent d’intensité entre 11h30 et 15h30. Langrune est finalement libéré par les hommes du lieutenant-colonel Moulton. A la fin des combats, Moulton a perdu la moitié de ses effectifs débarqués la veille à l’est de Saint-Aubin.

3.94-1

Le SS-Oberführer Kurt Meyer, est chargé dès le 7 juin de repousser l’avancée canadienne depuis son PC de l’Abbaye d’Ardenne © Le Mémorial de Caen

Les forces allemandes

Kurt Meyer s’installe à l’abbaye d’Ardenne

Kurt Meyer, commandant du 25e régiment de la 12e SS, parvient, aux portes de Caen en investissant l’Abbaye d’Ardenne. Meyer y installe en effet son PC, les tours de l’abbaye offrant un magnifique panorama sur la plaine, vers la mer et sur les mouvements alliés. Il a reçu l’ordre de son supérieur, le général Fritz Witt, de rejeter les Anglais à la mer. Le 1er bataillon de son 25e régiment s’installe autour d’Epron, le 2e autour de Saint-Contest, tandis que le 3e bataillon se positionne en protection de la RN 13. Meyer a 34 ans et un solide passé de combattant SS ayant participé aux campagnes de Pologne, de France, de Yougoslavie, et de Grèce avant d’intégrer au printemps 1943 la 12e SS Hitlerjugend. En faisant ainsi mouvement vers Caen et en s’opposant rapidement aux Canadiens Kurt Meyer – qui prendra le commandement de la division le 14 juin – interdira pendant plus d’un mois l’accès de Caen aux Alliés.

Renforts en Normandie : le Führer donne son feu vert

Aux premières heures du jour, von Rundstedt reçoit l’autorisation du Haut commandement à Berlin, de déployer des renforts depuis la Bretagne et le sud de la Loire. Depuis son cantonnement de Thouars (Deux-Sèvres), la 17e division de grenadiers SS Goetz von Berlichingen se met en marche en direction de Saint-Lô, tandis que la 77e division d’infanterie du général Stegmann quitte Saint-Malo pour le front de Normandie. Le premier convoi ferroviaire composé par la 275e division allemande quitte le sud du Morbihan et rallie Rennes dans l’après-midi. Répartie dans 9 convois, la division ne peut progresser suite aux sabotages des voies ferrées. Les premiers convois parviennent à quitter Redon vers 19h00. De son côté, mise en route la veille depuis Chartres, la Panzer Lher essuie vers 5h30 sa première attaque en Normandie, près de Falaise, sur la route de Vire à Bény-Bocage. Les dégâts sont terribles pour une division pas encore engagée sur le front.

3.96

Le général Richter, commandant de la 716e division d’infanterie © DR

Réunion de crise au PC du général Richter

Dans les salles souterraines du PC du général Richter situé au nord de Caen, une nouvelle réunion est organisée entre généraux allemands pour mettre au point une contre-attaque devant Caen. Venu de son PC de La Roche-Guyon le maréchal Rommel assiste à la réunion. La division de Richter, la 716e division d’infanterie, a déjà perdu 3 000 hommes devant les plages de Gold, Juno et Sword tandis que le général Kraiss enregistre devant Omaha Beach près de 1 200 pertes dans les rangs de sa 352e division. Dans ces conditions, il paraît difficile aux stratèges allemands d’empêcher l’élargissement des têtes de ponts alliées. Pourtant, ils mettent leurs espoirs dans un renfort de poids, la 12e Division SS qui s’est élancée la veille depuis la région de Bernay-Lisieux-Vimoutiers, et à qui l’ordre a été donné de rejeter les Britanniques à la mer au nord de Caen. Le 7 juin la division du général Witt qui s’est positionnée devant Caen heurte de plein fouet la progression des Canadiens en leur infligeant de lourdes pertes. A défaut de contre-attaque d’envergure, le commandement allemand réussit ainsi à enrayer, et ce de manière durable, la marche en avant des Anglo-Canadiens vers la capitale bas-normande.

3.99-1

Les Rangers américains ont pris possession de la pointe du Hoc. Toutes ces photos sont datées du 12 et 13 juin 1944. (CRT de Normandie)

3.99-2

Les Rangers américains ont pris possession de la pointe du Hoc. Toutes ces photos sont datées du 12 et 13 juin 1944. (CRT de Normandie)

3.99-3

Les Rangers américains ont pris possession de la pointe du Hoc. Toutes ces photos sont datées du 12 et 13 juin 1944. (CRT de Normandie)

3.99-4

Les Rangers américains ont pris possession de la pointe du Hoc. Toutes ces photos sont datées du 12 et 13 juin 1944. (CRT de Normandie)

Leonard G.Lomell

Leonard G.Lomell

8 juin 1944

Les secteurs américains
- Omaha Beach et Pointe du Hoc -

Le nettoyage de la Pointe du Hoc

Depuis l’assaut du 6 juin les Rangers sont toujours isolés et privés de renforts sur la Pointe du Hoc. Le contact est établi par la colonne de secours bloquée la veille à Saint-Pierre-du-Mont (1er bataillon du 116e régiment d’infanterie) et la poignée de Rangers du colonel Rudder rescapés des combats. L’assaut final sur la Pointe est lancé en fin de matinée. A 12h00, la position est définitivement nettoyée après l’attaque lancée par  le 1er et 3e bataillons du 116e RI, et le 5e Rangers, appuyée au large par les tirs du destroyer Ellyson. Sur les 225 Rangers du 6 juin, seuls 90 sont encore valides. Pour l’heure les Allemands se sont repliés vers l’Ouest en direction de Grandcamp-les-Bains

3.100-1

Trois soldats américains montrant leur trophée, un drapeau du parti nazi pris lors de la libération du village, 19 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num366

3.100-2

Encadrés par deux soldats américains, le sergent Roland des Autels marche aux côtés de Pierre Ferrari, conseiller municipal de Grandcamp. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num1384

La libération de Grandcamp

A l’ouest de la Pointe du Hoc, Grandcamp attend toujours sa libération. Après s’être portés au secours de leurs camarades de la Pointe du Hoc, les fantassins du 116e régiment de la 29e division américaine se présentent devant Grandcamp en empruntant la route côtière. A leur côté ont pris place le 5e Rangers et le 743e bataillon de chars. Mais le village reste âprement défendu par la 352e division d’infanterie allemande. L’intervention de la marine américaine est alors demandée. Depuis le large, le cuirassé USS Texas et le croiseur HMS Glasgow pilonnent au cours de l’après-midi les positions allemandes autour de la petite cité portuaire. Pas moins de 113 obus  tombent sur les points forts de l’ennemi. Entre 15 et 16 h00. En début de soirée, les combats pour la  libération de Grandcamp sont menés par le 3e bataillon du 116e régiment d’infanterie et les chars du 743e bataillon. La résistance ennemie se termine à la nuit. Au soir du 8 juin, le général Bradley peut alors y installer son premier poste de commandement, tandis que débutent les premiers travaux de remise en état du port.

Dommages collatéraux pour le 175e régiment d’infanterie

Le 7 juin au soir le 175e régiment d’infanterie (29e division d’infanterie américaine) et les chars qui lui sont rattachés ont reçu comme mission la prise d’Isigny. A 2h00 du matin le 175e RI pénètrent dans Englesqueville avant de pousser au Sud pour atteindre la RN 13. La Cambe est atteint une heure plus tard mais les Américains ne peuvent avancer, leur tentative ayant été repoussée par des tirs antichars peu avant l’aube. Une nouvelle attaque permet la libération de la Cambe dans la matinée. Le 175e RI termine la journée endeuillé par un drame. Par une incroyable méprise, l’aviation alliée a en effet mitraillé par erreur la Cambe et la ligne de front du 175e régiment d’infanterie établie entre La Cambe et Cardonville. Au cours de ce mitraillage, 6 hommes sont tués et 18 autres grièvement blessés.

Les libérations de Tour-en-Bessin et de Formigny

Pour élargir leur tête de pont encore trop fragile (3 km de profondeur) les Américains se concentrent sur Formigny au carrefour de la N 13 et de la route menant à Saint-Laurent et Vierville-sur-mer, contrôlant de la sorte la sortie d’Omaha vers Trévières. Stoppée le 7 juin à 800 m du carrefour par une forte résistante allemande, l’avancée du 3e Bataillon du 26e RI est alors relayée par l’entrée en action du 18e RI qui a déjà réussi à franchir la route nationale. Attaquant par le sud-est le 18e RI libère finalement le bourg le 8 juin à l’aube. A l’Ouest de Bayeux sur la RN 13, Tour-en-Bessin est encore aux mains des Allemands deux jours après le Débarquement. Le 26e régiment de la 1re division d’infanterie américaine doit s’en emparer après avoir franchi la nuit précédente la rivière l’Aure. Une patrouille du 2e bataillon pénètre peu avant midi dans le bourg que les Alliés avait soigneusement bombardé peu avant 9 h 00. Avec ces avancées sur le terrain et la libération de Tour-en-Bessin la jonction est établie entre les forces britanniques débarquées à Gold et les forces américaines d’Omaha.

3.103

Groupe de parachutistes de la 101e division aéroportée brandissant leur trophée, un drapeau nazi à Saint-Côme-du-Mont. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num176

- Utah Beach -

La libération de Saint-Côme-du-Mont

Depuis le 6 juin, les Allemands du 6e régiment parachutiste tiennent fermement le village. Depuis le clocher du village le commandant du régiment allemand, le colonel von der Heydte est parvenu en effet à repousser toutes les attaques des troupes parachutistes américaines. Quatre bataillons du 506e régiment de la 101e division attaquent Saint-Côme-du-Mont à 4h45 après un tir préparatoire. Le village est libéré par les hommes du colonel Sink dans l’après-midi après que les Allemands aient abandonné leurs positions.

Echecs sur le Merderet et à Crisbec

Inondés par les Allemands dès l’hiver 1941-1942, les marais et le Merderet qui s’y perd constituent une ligne de défense naturelle pour les Allemands que les Américains doivent franchir avant de pousser vers Cherbourg. Deux tentatives sont effectuées le 8 juin. La première qui doit porter secours au 2e bataillon du 507e régiment isolé à l’est d’Amfreville se solde par un échec vers 23h00. La seconde qui a permis le franchissement de la voie ferrée au nord de la Fière se conclut par un repli du bataillon américain avant la nuit.

Nouvelle tentative sur la batterie de Crisbec-Saint-Marcouf

Depuis le 6 juin et en dépit de nombreuses attaques, les batteries de Crisbec-Saint-Marcouf sont toujours tenues par les Allemands. Vers 13h30, une nouvelle attaque est menée par des unités de la 4e division américaine accompagnée d’un fort tir de barrage d’artillerie. L’offensive est brisée une fois de plus par la résistance de la garnison allemande conjuguée aux tirs de la batterie allemande d’Azeville qui peut encore compter sur son seul canon de 105 mm encore intact.

Les secteurs britanniques
- Sword -

Nouvel échec devant Cambes-en-Plaine

Figurant parmi les objectifs de la 3e division d’infanterie britannique le 6 juin, Cambes-en-Plaine, au nord de Caen, est tenue par les Allemands de la 21e Panzer. Le 8 juin une nouvelle attaque est lancée par la 9e brigade (3e division britannique). Le village est investi avant d’être rapidement abandonné à l’ennemi devant l’arrivée du 25e régiment de la 12e Panzer SS récemment arrivé sur le font de Normandie. Cambes restera dans le no man’s land durant un mois jusqu’aux terribles bombardements alliés du 7 juillet 1944 qui écraseront le font entre Lébisey et Saint-Contest, prélude à la libération d’une partie de Caen.

Violents combats à l’est de l’Orne

Dans la matinée le 6e Commando britannique reçoit l’ordre de dégager Bréville – qui forme depuis le 6 juin un saillant menaçant Ranvile – en s’appuyant sur les hommes du Commando Kieffer. Les combats dans Bréville en flamme sont d’une grande intensité jusque dans le cimetière du village. Non loin de Bréville, au Château Saint-Côme, les combats entre les parachutistes du lieutenant-colonel Otway et les Allemands sont tout aussi redoutables pour s’emparer de cette hauteur. Au Mesnil les duels gagnent en intensité et les Canadiens infligent de lourdes pertes dans les rangs de l’ennemi. Mais partout dans cette fragile tête de pont britannique, la résistance allemande reste forte face aux attaques des paras et des commandos qui, sans renforts depuis le 6 juin, s’épuisent à se maintenir sur leur lignes.

Philippe Kieffer quitte ses hommes

Blessé à deux reprises au cours du 6 juin – à la cuisse et au bras – le patron des commandos français, le commandant Philippe Kieffer, n’a jamais été correctement soigné. Menacé de gangrène et d’une possible amputation, Kieffer accepte la mort dans l’âme d’être évacué pour être soigné dans un hôpital anglais. Depuis le printemps 1942 il était à la tête des premiers volontaires français qui devaient constituer le 1er bataillon des Fusiliers marins commandos de la France Libre. Kieffer  est aussitôt remplacé par son second, Alexandre Lofi, engagé dans la France Libre depuis l’été 1940 et fusilier marin de formation. Lofi assurera le commandement des commandos français dans le secteur d’Amfreville-Bréville-Bavent jusqu’au retour de Kieffer en Normandie le 16 juillet 1944.

3.106

Port-en-Bessin détruit par l’artillerie navale, vue prise depuis l’USS Ancon, 12 juin 1944. (CRT de Normandie)

- Gold -

Port-en-Bessin enfin libéré

Vers 4 h 00 du matin, après plusieurs heures de combat, les commandos britanniques du 47e Royal Marine Commando s’emparent de Port-en-Bessin. Débarqués le 6 juin à 2 km à l’est du Hamel, les Britanniques avaient du stopper leur lente progression à la tombée de la nuit. Après avoir marqué une pose à la cote 72, le Commando reprit sa marche vers Port-en-Bessin atteint dans la soirée grâce à l’appui de l’artillerie de marine. Le 7 juin au soir, les Britanniques contrôlent les hauteurs occidentales du port. Déclenché au petit matin,  un dernier assaut permet aux commandos la capture de près de 300 prisonniers allemands et la libération totale de Port-en-Bessin. Ce port avait toute son importance : il était en effet nécessaire pour assurer le ravitaillement des troupes de débarquement et ce, jusqu’à l’entrée en fonction des deux ports artificiels d’Arromanches et de Saint-Laurent. C’est de là également que les Alliés avait décidé de faire partir vers les terres leur système de pipe line Pluto (Pipe Line Under The Ocean) dont la mise en service interviendra le 25 juin.

3.107

Portrait du général Montgomery, 16 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num0209

Montgomery s’installe en Normandie

Commandant l’ensemble des forces terrestres (le 21e groupe d’armée), le général Montgomery arrive en Normandie et installe les roulottes de son PC tactique dans le parc du château de Creullet situé près de Creully. Il y reste jusqu’au 22 juin 1944. Durant cette période il y accueillera le général de Gaulle le 14 juin, mais avant cela le Premier ministre britannique Winston Churchill, puis le 16 juin le roi d’Angleterre Georges VI.

L’aérodrome de Bazenville

C’est à Bazenville, non loin d’Arromanches, que les Britanniques ont décidé d’installer un aérodrome de campagne, codé B2. Aménagée à partir du 8 juin, la piste est achevée dès le lendemain et aussitôt affectée au 127e escadron du 83e Group. C’est sur cet aérodrome, quelques jours plus tard que l’ « as » français de la Royal Air Force, Pierre Clostermann, posera son Spitfire IX pour son grand retour en Normandie depuis le début de l’Occupation, faisant de lui le premier pilote français à se poser ce jour-là sur le territoire national.

Le secteur des Canadiens

Le massacre des prisonniers canadiens

Pour éviter l’encerclement des brigades canadiennes devant Putot-en-Bessin et Norrey-en-Bessin, des renforts sont dirigés sur Putot : le Canadian Scottish Regiment (7e brigade) est envoyé en renfort sur Putot soutenu par la 8e brigade blindée et le 1er Hussards. Lors de l’attaque 45 soldats canadiens sont capturés à Putot-en-Bessin. Ils seront exécutés par des soldats de la 12e SS quelques heures plus tard dans les environs d’Audrieu. Les 7 et 8 juin une vingtaine de soldats canadiens du North Nova Scottia Highlander et du Sherbrooke Fusiliers sont fait prisonniers lors de l’attaque vers Carpiquet. Ils seront abattus et ensevelis à la hâte dans les jardins de l’Abbaye d’Ardenne près de Caen par les SS du 25e Panzergrenadiers de Kurt Meyer.

L’aérodrome B 3 de Sainte-Croix-sur-Mer

Libéré le 6 juin par les chars canadiens du 6e Régiment blindé, le village de Sainte-Croix-sur-mer, est choisi par les Canadiens pour y installer un aérodrome de campagne, le terrain le B3. Deux pistes parallèles de 1200 m – une recouverte de grillages, l’autre en terre – sont ainsi aménagées pour accueillir les avions de la Royal Canadian Air Force. Le 10 juin, les Spitfire du 441 Squadron de la RCAF seront les premiers à se poser sur la piste. Le village de Sainte-Croix abrite également le Quartier Général tactique du 21e Groupe d’Armées du général Montgomery à partir du 8 juin.

La résistance de la station radar de Douvres-La-Délivrande

Sur la route de Courseulles à Caen, à 1 200 m à l’ouest de Douvres, deux postes de défense avaient été aménagés par les Allemands : une usine radar enterrée de deux étages et un blockhaus avec central téléphonique formant la station radar de Basly-Douvres-la-Délivrande. Encore aux mains des Allemands le 8 juin, ce point d’appui relevant de l’armée de l’air et défendu par 230 aviateurs est renforcée à l’issue d’une contre attaque de l’infanterie allemande menée entre les 3e divisions canadiennes et britanniques qui n’ont toujours pas fait leur jonction. Menaçant la tête de pont Juno avec ses trois pièces antichars, ses trois canons de 50 mm et une douzaine de lance flammes, le radar de Douvres, commandé par le lieutenant Igle, restera jusqu’à sa chute le 17 juin, une sérieuse épine enfoncée dans le flanc des anglo-canadiens.

3.115

Sepp Dietrich, chef du 1er Corps SS de Panzers durant la bataille de Normandie © Le Mémorial de Caen

- Les Forces allemandes -

Les renforts allemands montent au front

A l’aube, le bataillon de reconnaissance de la 17e Division SS du général Ostendorff parvient à Balleroy, à la lisière de la forêt de Cerisy. A 11 h 00 la 3e division parachutiste du général Schimpf se met en route vers le nord-est de Saint-Lô. Elle mettra 10 jours pour rejoindre la forêt de Cerisy.

La 353e division d’infanterie du général Mahlmann (14 132 hommes) se met en route depuis la Bretagne, retardée par des attaques de la Résistance. Elle mettra 11 jours pour se mettre en place en Normandie.

Partie de la région du Mans en fin de journée le 6 juin, la Panzer Lher du général Bayerlein, sérieusement étrillée durant sa progression vers le front normand, arrive sur ses positions à l’ouest de la 12e SS Panzer. Devant Tilly-sur-Seulles elle se prépare à une attaque pour reprendre la cote 103 au nord de Tilly. Face à elle, les Sherwood Rangers et le 6e Durham Light Infantry. En milieu d’après-midi, Sepp Dietrich (1er Corps SS) lui ordonne de lancer une contre-attaque vers Bayeux. Les chars allemands se portent alors à 5 km de la capitale du Bessin avant d’être stoppés par les Britanniques.

Pendant ce temps-là, la 2e division de Panzers SS Das Reich s’est élancée de la région de Montauban en direction de la Normandie. Elle mettra 17 jours à atteindre le front de Normandie

3.116

Kurt Meyer (ici à gauche de Max Wunsche), commande le 25e régiment de Grenadiers SS avant de prendre le commandement de la 12e division SS après la mort du général Witt. © Le Mémorial de Caen

Les contre-attaques allemandes

Fortement étrillés lors du 6 juin, les unités allemandes se sont reconstituées pour reprendre l’avantage, avec cet objectif ultime : rejeter les Alliés à la mer. A la tombée de la nuit, un groupement tactique aux ordres de Meyer-Wunsche (1 compagnie de chars, 1 compagnie de grenadiers) lance une attaque sur Rots, Norrey puis Bretteville-l’Orgueilleuse défendue par le Regina Rifles Regiment. Devant le nombre important de pertes et l’efficacité de la défense antichar canadienne, le repli allemand est ordonné vers 4 h 30 du matin. Une contre-attaque est également lancée dans le secteur de Putot-en-Bessin en milieu d’après-midi : trois compagnies canadiennes du Royal Winnipeg Rifles (7e brigade d’infanterie) sont décimées par le 25e régiment de la 12e Panzer SS. La voie ferrée est de nouveau tenue par les grenadiers SS.

117.1

Vue de la batterie de Maisy avec au premier plan, un canon sorti d'une fosse. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num6143

117.2

Vue de la batterie du Maisy après les combats. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num 6145

9 juin 1944

Les secteurs américains
- Omaha Beach -

La prise des batteries de Maisy

Pendant que le 3e bataillon du 116e RI se lançait à l’assaut de Grandcamp, un autre bataillon du même régiment avançait sur Maisy. Les Allemands y ont installé deux batteries de campagne : une à Maisy-la-Perruque (6 pièces de 155 mm d’une portée de 20 km), l’autre à Maisy-la-Martinière (4 pièces de 105 d’une portée de 8 km). Bombardées dans la nuit du 5 au 6 juin ces ceux batteries sont rapidement neutralisées dans l’après-midi du 6 juin par les tirs de l’artillerie de marine. La seule résistance ennemie rencontrée par les fantassins américains et les blindés du 743e bataillon consiste en des tirs de mitrailleuses. A l’ouest du  village le passage est cependant rendu plus difficile avec un point fortifié constitué de mortiers de 88 mm. A bout de carburant, ralenti par les Allemands, les blindés et les combattants américains marquent un temps d’arrêt dans la nuit du 8 au 9 avant de reprendre le matin suivant. Le 116e RI et le 5e Rangers s’emparent définitivement des batteries de Maisy dans la soirée après avoir enlevé dans la journée les derniers points de résistance autour de Grandcamp, Maisy et Gefosse-Fontenay.

118

Vue aérienne d'Etreham et du bocage qui l'environne. © NARA / Le Mémorial de Caen

La libération d’Etreham

A quelques kilomètres au sud de Port-en-Bessin, Etreham attend sa libération par les troupes américaines débarquées le 6 juin sur Omaha Beach. Depuis le 8 juin le 1er bataillon du 26e régiment (1re division d’infanterie américaine) se trouve immobilisé devant le village. L’appui de l’artillerie de marine est demandé par les fantassins avant de lancer l’assaut. C’est le destroyer Baldwin qui est chargé d’appuyer les GI’s avant la libération d’Etreham dans la matinée. Mais la victoire est en demi-teinte, le repli allemand ayant pu se réaliser par un étroit couloir entre Sainte-Anne et Vaucelles. Malgré tout, 600 Allemands seront faits prisonniers au cours de l’opération

119.1

Un soldat américain règle le trafic dans les rues principales d’Isigny. (CRT de Normandie)

119.2

Le monument aux morts de la Première guerre mondiale veille sur les ruines d’Isigny, après le départ des Allemands. (CRT de Normandie)

119.3

Des habitantes d'Isigny-sur-Mer dans les ruines de la rue Emile-Demagny. © Le Mémorial de Caen

La libération d’Isigny

Le village d’Isigny représente un point stratégique entre les plages de Utah et Omaha Beach. Il aurait du être pris le jour même du Débarquement mais les violents combats sur le sable d’Omaha n’ont pas permis à la 29e division d’infanterie d’atteindre cet objectif. Le 8 juin les Américains lancent le 747e bataillon de chars au devant du village. Dans le même temps, durant toute la journée l’artillerie de marine bombarde sans relâche les défenses allemandes déjà largement pilonnées par l’aviation américaine. Le village est en ruine, détruit à près de 80%. L’assaut est confié à la compagnie de tête du 175e régiment d’infanterie (29e division d’infanterie) qui franchit les lignes dans la nuit avant de libérer le village à 5 heures du matin. Isigny aura l’honneur de la visite du général de Gaulle lorsque celui-ci viendra en Normandie rétablir la légalité républicaine, le 14 juin 1944. Avec la prise d’Isigny la jonction entre les deux têtes de pont américaines devient dès lors plus envisageable.

- Utah Beach -

Le franchissement du Merderet

La troisième tentative de franchissement du Merderet sera la bonne après deux premiers échecs le 8 juin. Ce jour-là, le major général Gavin, commandant adjoint de la 82e Airborne, lance une nouvelle attaque depuis la chaussée de la Fière en direction de  Cauquigny. Avec l’aide de fumigènes et l’appui de l’artillerie et des blindés, les parachutistes parviennent à s’installer à Cauquigny vers 11h00 et à élargir ainsi la tête de pont en direction des autres forces parachutistes isolées depuis le 6 juin à l’ouest du Merderet. Les pertes en hommes sont énormes. Le patron de la 82e le général Ridgway y installera pendant quelque temps son poste de commandement. Cet épisode marque la fin de la bataille du pont de la Fière dans laquelle les parachutistes américains perdirent beaucoup des leurs depuis le 6 juin.

121.1

La tourelle d’un blockhaus de la batterie d'Azeville, criblés d'impacts, photographiée après les combats. © NARA / Le Mémorial de Caen

3e et dernier assaut sur la batterie d’Azeville

Encore capable avec un dernier canon de 105 mm en état de marche de freiner l’avance américaine, la batterie d’Azeville résiste les 7 et 8 juin aux assauts répétées du 22e régiment d’infanterie (4e division américaine). Le  9 juin, après une intense préparation d’artillerie, le 22e RI repart une nouvelle fois à l’attaque, mais cette fois-ci avec des lance-flammes. Grâce à l’action héroïque du soldat Riley et de son lance-flammes qui réussit notamment à mettre le feu aux munitions de l’ennemi, le capitaine Treiber n’a d’autre choix que de se rendre avec ses 169 hommes. Le régiment poursuivra vers Quinéville et Ozeville, tandis que le 12e régiment (RCT) poursuivra sa marche en direction de Montebourg après avoir contourné Azeville.

Les secteurs britanniques
- Gold Beach -

La libération d’Audrieu

Au nord-est de Tilly-sur-Seulles, Audrieu est situé sur la route du 1er Dorset Regiment (50e division d’infanterie britannique) qui marche vers la cote 103. Le 8 juin, les troupes britanniques accompagnées des blindés du 4/7e Dragoon Guards sont aux portes du bourg. Face à elles, les grenadiers allemands de la 12e SS sont bien en place. Après de vifs combats Audrieu est libéré dans la nuit du 8 au 9. Mais les troupes britanniques sont stoppées autour de Tilly-sur-Seulles par les tirs d’une autre division allemande, la Panzer Lehr. Audrieu est alors repris et occupé le même jour par les Allemands. Brièvement occupé, puisque un ordre de repli est décidé par le commandant de la Panzer Lehr en direction de Tilly. C’est dans ce contexte que 26 prisonniers alliés, la plupart Canadiens, seront abattus par les SS et découverts plus tard autour du château de Pavie à Audrieu.

123

Les blindés allemands interdisent l’accès de Tilly-sur-Seulles© Archives du Calvados, 10Fi 314

Le début de la bataille de Tilly-sur-Seulles

Pris et repris 23 fois entre le 8 juin et le 19 juin, le village de Tilly au sud-ouest de Caen fait partie des objectifs de la 50e division d’infanterie du général Graham qui a débarqué le 6 juin sur Gold Beach. Parvenus à la lisière de Tilly, les Britanniques se heurtent depuis le 8 juin aux troupes de la division Panzer-Lehr qui vient d’arriver sur le front de Normandie en se positionnant à l’est de la 12e SS. Le 9 juin tout passage est désormais interdit par les Allemands qui ont consolidé leurs défenses avec la totalité des éléments blindés de la Panzer-Lehr dont le PC est établi dans une ferme au sud de Tilly à égale distance de Villers-Bocage. Tilly aux mains des Allemands devait contraindre les Alliés à changer leur plan : pour percer le front à l’Ouest de Caen, ils leur faudrait désormais contourner cette position ennemie en portant leur attaque vers Caumont-L’éventé et Villers-Bocage.

- Sword Beach -

Nouvelle attaque sur Cambes-en-Plaine

Cambes-en-Plaine figure sur la liste des objectifs de la 3e division d’infanterie britannique depuis le 6 juin. Toutes les offensives se sont jusqu’à présent heurtées aux troupes de la 21e Panzer ou aux SS de la 12e Panzer. Une nouvelle tentative est confiée le 9 juin au 2e Royal Ulster Rifles avec l’appui des blindés du 1st East Riding Yeomanry. Après une préparation d’artillerie effectuée au large par le HMS Danae, l’assaut est lancé dans de très violents combats. Les pertes sont lourdes : 250 hommes sont perdus dont 45 tués. Le village reste sous le feu allemand, les fantassins s’enterrent sous les tirs de l’artillerie allemande qui se déchaine. Cambes-en-Plaine sera définitivement dégagé par les Alliés  lors de l’opération Charnwood au début du mois de juillet 1944.

125

Le Courbet, à l'arrière plan, fait partie des navires sabordés pour constituer le brise-lames devant Sword Beach. © Le Mémorial de Caen

Dernière mission pour le cuirassé français Le Courbet

Réfugié en Angleterre en juin 1940 et affecté à la défense du port de Portsmouth durant la bataille d’Angleterre, le cuirassé Courbet a servi de navire école puis de navire caserne aux Forces navales françaises libres du général de Gaulle. 4 ans plus tard, il reçoit sa dernière affectation : prendre place au large de Sword Beach pour servir de brise-lame au large de Ouistreham et de Colleville. L’amiral Wietzel, le commandant du navire a été désigné pour le conduire vers les côtes normandes. Après avoir pris place au milieu du gooseberry 5, le Courbet se saborde à 13h30 en se posant par 11 m de fond. Ultime provocation pour les Allemands, il arbore pour l’occasion le drapeau tricolore à Croix de Lorraine. Il sera torpillé par les Allemands dans la nuit du 16 a 17 août 1944

126.1

Construction du poste de direction de tir de Ouistreham Riva Bella. © Région Normandie

126.2

Le poste de direction de tir de Ouistreham après la libération de la ville. © Le Mémorial de Caen

Le grand bunker de Ouistreham tombe aux mains des Anglais

A Ouistreham-Riva Bella, dominant la mer, le poste de direction de tir a été édifié par les Allemands à partir de 1942 dans le cadre de la construction du Mur de l’Atlantique. Haute de 17 mètres et répartie sur 5 niveaux, cette tour de béton fournit un point de vue exceptionnel aux observateurs d’artillerie allemands qui ont installé leur télémètre au cinquième niveau. C’est ce poste d’observation qui doit notamment donner les instructions de tirs aux 6 canons de la batterie d’artillerie installés face à la mer. Lorsque les commandos britanniques débarquent sur Sword Beach et s’avancent vers Riva Bella, la surprise est totale. Cette fortification n’a pas été identifiée sur les photographies aériennes, et n’apparaît pas sur les relevés fournis par la Résistance française. En revanche les Britanniques savent que 6 canons de 155 mm ont été mis en place près des écluses du port. Mais ce matin-là, les pièces d’artillerie ont disparu, elles ont été déplacées à l’arrière vers Saint-Aubin-d’Arquenay pour être mises à l’abri des bombardements. Durant trois jours les Britanniques ne tiennent pas compte de cette tour de béton qui visiblement ne représente aucun danger. Jusqu’à ce que les troupes du génie s’aperçoivent qu’elle est encore occupée. Dans la soirée, la décision est prise de lancer l’assaut. Le poste de direction de tir tombe aux mains du lieutenant Bob Orrell, et de trois de ses hommes du Royal Engineers. Après s’être introduits dans le bunker en détruisant la porte blindée à coup de charges d’explosifs, ils font prisonniers la garnison des 53 soldats allemands qui y vivaient retranchés depuis le 6 juin.

127.1

Soldat canadien observant un char allemand Panther hors d'usage, dans une rue de Bretteville-l'Orgueilleuse. © Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

127.2

24 juin 1944. Prise de guerre du Régiment de la Chaudière à Bretteville-l'Orgueillleuse © Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

- Le secteur canadien -

Les Canadiens stoppent les SS à Bretteville-l’Orgueilleuse

Situé sur l’axe ferroviaire Paris-Cherbourg, Bretteville-l’Orgueilleuse a été libéré le 7 juin par les fantassins du Regina Rifles Regiment. Avec l’échec de leur l’avancée vers Authie, les Canadiens redoutent dès lors, une possible contre-attaque allemande sur leur flanc gauche. Celle-ci se produit dans la nuit du 8 au 9 juin, lorsque une vingtaine de panzer de la 12e SS et des éléments d’infanterie sous le commandement de Kurt Meyer attaque plein ouest depuis le village de Rots. L’engagement est furieux dans les deux camps, les combats se déroulent jusqu’au centre du village. Les Canadiens résistent jusqu’à l’aube, obligeant les grenadiers SS et les blindés de Meyer à se replier sur Rots. Les Allemands laissent dans ce repli une douzaine de blindés sur le terrain. Au matin du 9 juin, le bataillon canadien enregistre 170 tués dans ses rangs, mais pour la première fois Kurt Meyer a dû reculer sur le front de Normandie.

128

14 juin 1944. Des soldats de la 7e brigade d'infanterie canadienne à Putot-en-Bessin. © Archives nationales du Canada / Le Mémorial de Caen

Le Royal Winnipeg Rifles anéanti à Putot-en-Bessin

Situé sur la N 13 entre Bayeux et Caen, Putot-en-Bessin a été libéré le 7 juin par le Royal Winnipeg Rifles, un des bataillons de la 3e division d’infanterie canadienne. La libération est de courte durée. En effet dans la soirée du 8 juin, une terrible contre-attaque menée par le 26e régiment de la 12e SS allemande anéantit trois compagnie d’infanterie et oblige les Canadiens à se replier. Après les combats, 256 hommes manquent à l’appel dont une centaine de tués. Mais le village de Putot n’est pas perdu pour autant, grâce au 1er Canadian Scottish Regiment qui prend le relais. Mais pour cette unité le prix à payer est lourd : 125 victimes dont 45 tués. 45 autres soldats canadiens capturés à Putot seront sommairement exécutés par les Allemands dans la région d’Audrieu.

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Les dernières instructions sont données aux équipages des blindés allemands ©Archives du Calvados, 10Fi 73

Les forces allemandes

La 2e Panzerdivision se met en route

Engagée sur tous les fronts depuis l’invasion de la Pologne en 1939, la 2e Panzerdivision de von Lüttwitz est retirée du front de l’Est et mise au repos dans la région d’Amiens depuis l’hiver 1943-1944. Dans la nuit du 8 au 9 juin, les 15 900 hommes et les 200 chars de l’unité sont mis en alerte. Les colonnes motorisées se mettent aussitôt en route vers le front de Normandie, tandis que les engins chenillés sont transportés par voie de chemin de fer. D’excellente condition, très bien entrainée et très expérimentée, cette division blindée est un renfort de poids qui s’apprête à entrer dans la bataille. Les premiers éléments seront en place en Normandie entre Villers-Bocage et Caumont-L’éventé le 12 juin. Pour affronter les forces alliées, von Lüttwitz devra cependant se passer des engins blindés dont l’acheminement a été considérablement ralenti par les destructions des ponts et des voies de chemin de fer.

130

Progression de l’infanterie allemande aux abords de Carentan ©Archives du Calvados, 10Fi 80

Von der Heydte se replie à Carentan

A la tête du 6e régiment parachutiste allemand, Friedrich von der Heydte combat sans relâche dans le secteur de Carentan depuis le parachutage de la 101e Airborne aux premières heures du 6 juin.  Les « lions de Carentan » comme les surnomment les paras américains, s’acharnent à tenir ce verrou, position stratégique entre les deux plages américaines d’Utah et d’Omaha. Depuis le 6 juin, des éléments du 6e régiment allemand  s’accrochent à Houesville, repoussant toutes les offensives américaines, jusqu’à ce que les parachutistes du 502e régiment les en délogent le 9 juin à l’issue de deux jours d’intenses combats. Von der Heydte a cédé mais a pris soin d’organiser le repli de ses hommes vers Carentan en franchissant les marais. Avec ce repli allemand la tâche des Américains pour s’emparer de Carentan s’avère plus difficile encore.

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Les redoutables canons de 406mm du HMS Rodney qui pilonneront Caen durant la bataille de Normandie. ©DR.

Les civils dans la guerre

Les bombardements du Rodney

A Caen, de violents bombardements de tirs de marine ont lieu durant la nuit. Vers 2h00 du matin, le clocher de l’église Saint-Pierre s’effondre du haut de ses 72 m dans la nef probablement atteint par un obus de 406 mm tiré depuis le large de Sword Beach par le HMS Rodney. S’ensuit un début d’incendie qui détruit la toiture de l’édifice.

Une grande partie de la population continue d’évacuer la ville, en se dirigeant notamment vers les carrières souterraines de Fleury-sur-Orne. Les centres d’accueil pour les populations civiles ne désemplissent pas à l’hôpital du Bon-Sauveur, à l’abbaye-aux-Hommes, au Lycée Malherbe, ou encore et dans les carrières de Caen.

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L’entrée du tunnel-abri dans les ruines de Saint-Lô. © NARA / Le Mémorial de Caen

Le souterrain de Saint-Lô

Une grande partie de la ville a été détruite par les bombardements aériens des 6 et 7 juin et 500 à 600 personnes ont été tuées sous les bombes. Pour échapper aux raids alliés, des centaines de civils ont trouvé refuge spontanément dans une grande galerie souterraine creusée par les Allemands à partir de mars 1943 sous le rocher de la ville. Lorsque intervient le Débarquement, les travaux ne sont pas encore achevés, mais les deux vastes salles et les galeries latérales peuvent être utilisées pour s’y abriter pendant les bombardements, mais aussi pour y loger les malades de l’hôpital civil voisin. Les Allemands qui ont autorisé l’occupation des lieux par les Saint-Lois, y logent aussi certains de leurs blessés et de leurs prisonniers américains. Mais le lieu n’est pas propice à la vie, l’eau et l’électricité viennent à manquer, les conditions d’hygiène sont déplorables, les Allemands ordonnent l’évacuation le 9 juin dans la matinée. Les derniers occupants quittent les lieux dans l’après-midi pour prendre le chemin de l’exode tandis que les malades et les blessés sont conduits vers le haras. Au même moment, le maréchal Montgomery donner l’ordre au général Bradley d’avancer au sud dans la direction de Saint-Lô.

133.1

4 juillet 1944.Le jour de la fête nationale américaine, des habitants de Trévières posent avec des drapeaux français et américain. © NARA / Le Mémorial de Caen

133.2

Soldats américains et civils à Trévières © US Army / Le Mémorial de Caen

133.3

Jour de la fête nationale américaine. A Trévières drapeaux américain et français sont accrochés aux fenêtres. © NARA / Le Mémorial de Caen

10 juin 1944

- Le secteur américain -

La libération de Trévières

Toujours aux mains des Allemands depuis le débarquement des Américains à Omaha, Trévières attend sa libération. Les choses semblent se préciser dès le 9 juin lorsque le 5e corps du général Gerow accélère sa marche vers le sud de la tête de pont. La 2e division d’infanterie qui a débarqué le 7 juin  se présente devant le bourg mais butte encore le 9 juin sur les défenses allemandes. Tandis que le 38e régiment travers l’Aure au Nord, le 9e régiment franchit la rivière plus à l’Est. L’attaque simultanée des deux groupes armés se déroule dans la nuit. A l’aube, le village est totalement libéré, tandis que les rescapés de la 352e division allemande se replient sur l’Elle.

Nouveaux renforts américains

Rattachée au 7e corps américain du général Collins, la 9e division d’infanterie du général Eddy débarque à Utah Beach le 10 juin. La première mission qui lui est confiée consiste au « nettoyage » de toutes les positions côtières de l’ennemi jusqu’à Quinéville. La division devra néanmoins attendre le 15 juin, lorsque tous ses régiments seront arrivés en Normandie, pour pouvoir participer à une opération d’envergure. A ses côtés, mais sur Omaha Beach, ont débarqué également ce jour-là, les premiers éléments de la 30e division d’infanterie du général Hobbs. Une fois rassemblée, cette nouvelle division devra s’emparer des hauteurs dominant la Vire et la Taute avant de participer à la bataille de Saint-Lô.

Le général Bradley prend ses quartiers à terre

A la tête de la Première armée américaine qui a débarqué en Normandie, le général Bradley n’a pas quitté le pont du croiseur lourd USS Augusta depuis son départ de Portsmouth la veille du Débarquement. C’est depuis cette position en mer qu’il a assisté à la sanglante bataille sur la plage d’Omaha le 6 juin. Le 10 juin, Suivi de son état-major il quitte enfin sa cabine et décide d’installer son nouveau PC, à terre, à Grandcamp, avant de se rendre à une première réunion avec le maréchal Montgomery et le général Dempsey à Port-en-Bessin, avec à l’ordre du jour la préparation de la prochaine attaque en tenaille sur Caen.

La bataille de la chaussée de Carentan

Dans la bataille pour la prise de Carentan toujours tenue par les parachutistes de von der Heydte, la « bataille de la chaussée de Carentan et du carré de choux » tient une place particulière. En réalité, il s’agit de la progression du 502e régiment de parachutiste vers le nord de Carentan à partir du 10 juin. La mission confiée au 3e bataillon du régiment consiste depuis Saint-Côme-du-Mont à utiliser au mieux la chaussée qui surplombe les marais et de franchir les 4 ponts successifs jusqu’à la ferme de Pommenauque. Le bataillon se met en route peu après minuit dans la nuit du 9 au 10, mais doit stopper sa progression vers 5 h 30 devant les défenses allemandes. L’attaque reprend dans l’après-midi, la Douve est franchie sur un pont de fortune. Pour franchir le 4e et dernier, les parachutistes américains doivent livrer de sérieux combats entre 16 h 00 et 23 h 00. Ces combats se poursuivront jusqu’à l’aube du 11 juin. La bataille de Carentan est belle et bien lancée.

La libération de Picauville

A quelques kilomètres de Pont-L’Abbé, non loin de la zone de saut du 508e régiment de la 82e Airborne, Picauville est solidement tenu par les Allemands quatre jours après le Débarquement. Le château du village abrite même le PC de la 91e division aéroportée, division utilisée en réalité comme une division d’infanterie. Durant trois jours, près de 500 paras américains rassemblés par le lieutenant-colonel Shanley tentent de briser la résistance allemande. En vain. Le 9 juin le renfort de leurs camarades venus du pont de la Fière n’y changera rien. Il faut attendre l’arrivée du 358e régiment de la 90e division d’infanterie américaine – tout juste arrivé la veille en Normandie  –  pour que les Allemands évacuent définitivement Picauville le 10 juin 1944.

- Le secteur anglo-canadien -

A Bény-sur-mer, une piste pour la Royal Canadian Air Force

C’est à la sortie de Bény-sur-mer, que le Régiment de la Chaudière a libéré le 6 juin, que les Alliés ont décidé de construire un aérodrome de campagne. Le lieu choisi se trouve sur la route de Bernières au croisement avec la route de Courseulles. La piste ALG B4  est construite par le 25 Airfield Construction Group à partir du 10 juin. Elle sera terminée 5 jours plus tard alors que la station radar de Basly, très proche est toujours aux mains des Allemands. La piste en terre doit accueillir deux escadrons de la Wing 426 de la Royal Canadian Air Force, le squadron 401, 411 et 412. L’Air Landing Group B 4 sera opérationnel du 18 juin au 7 août 1944.

Les « Rats du Désert » se préparent à l’attaque

Dans le cadre de l’opération Perch (tentative de déborder Caen par l’Ouest et par l’Est et  neutraliser la Panzer Lehr entre Caumont et Villers-Bocage) qui doit être déclenchée à partir du 11 juin, la 7e division blindée du major général Erskine prend position devant Tilly-sur-Seulles. La 7e DB est arrivée en Normandie le 7 juin où ses premiers combats ont permis de réduire la résistance allemande à Port-en-Bessin. C’est une unité expérimentée ayant participé à la plupart des opérations menées en Afrique du Nord, avant d’être employée en Sicile et en Italie. Pour la Normandie la division a été rééquipée non pas de chars Sherman (excepté pour les chars Firefly) mais de chars Cromwell. C’est donc avec une grande confiance que le maréchal Montgomery l’a placée aux avant-postes de la ligne d’attaque de l’opération Perch. La suite allait pourtant lui réserver bien des surprises.

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Déclenchement de tirs d’artillerie allemande sur les lignes alliées ©Archives du Calvados, 10Fi 105

L’artillerie allemande se déchaine sur les Commandos

Tandis que la 185e brigade (51e division d’infanterie britannique) se prépare à renforcer la Première brigade spéciale de Lord Lovat à l’est de l’Orne, les Allemands lancent dans ce secteur leur première contre-attaque d’envergure. Celle-ci est menée depuis Bréville en direction de Ranville, position clé des parachutistes britanniques. Les assauts des grenadiers du 857e régiment (346e division d’infanterie du général Diestel arrivée du Havre) et des blindés de la 21e Panzer sont précédés de tirs artillerie d’une violence sans précédent sur les positions des n°4 et n°6 Commandos, dont celles tenues par le Commando Kieffer à Amfreville. Les Français perdent dans la seule matinée 29 hommes supplémentaires dont trois tués. Avec l’arrivée dans la soirée de la 27e brigade blindée britannique, les parachutistes de la 3e brigade du général Hill parviennent enfin à enrayer l’attaque allemande.

Les forces allemandes

Le QG des forces blindées en Normandie anéanti

Le 6 juin 1944 le général Geyr von Schweppenburg, commande les troupes blindées à l’Ouest, soit environ 400 chars pour la Normandie. Depuis le Débarquement, il prend ses ordres non pas auprès du chef du groupe d’armées B, le général Rommel, mais directement auprès du Führer. Le 10 juin est important pour Geyr von Schweppenburg qui a décidé de réunir l’ensemble de son état-major dans son PC installé au château de la Caine près de Thury-Harcourt, au sud de Caen. Il s’agit de préparer la grande contre-attaque décisive, celle qui doit renverser le cours des événements en Normandie. Les officiers allemands sont à peine réunis autour des cartes, qu’une alerte aérienne est donnée. Plusieurs Typhoons du 83e groupe de la Royal Air Force prennent de vitesse les les batteries anti-aériennes positionnées autour du PC et en quelques minutes anéantissent le poste de commandement. 18 hommes sont tués sur le coup : son chef d’état-major et 17 autres officiers. Seul survivant de cette attaque ciblée, Geyr von Schweppenburg sera incapable de reprendre son commandement avant la fin du mois. Le Panzer Gruppe West n’existe plus. Toute la chaine de commandement a été interrompue, à tel point que la 7e armée dont dépend Geyr von Schweppenburg n’apprend le raid meurtrier que 12 heures plus tard. Quant à la contre-attaque allemande voulue par Hitler, elle doit être une fois de plus reportée. Tout ce qu’il restera du QG des forces blindées en Normandie sera transféré au PC principal à Meaux en région parisienne.

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Rudolph Bacherer prendra le commandement de la 77e division d’infanterie allemande à la mi-juin à la suite du major général Stegmann tué lors d’un raid américain. ©DR.

L’entrée en scène de la 77e division

Les 8 700 combattants de la 77e division d’infanterie du général Stegmann sont mis en alerte dès le 7 juin dans le secteur de Saint-Malo où ils stationnent. Cette division a été constituée en janvier 1944 à partir d’autres unités allemandes anéanties sur le front de l’Est et elle compte dans ses rangs un bataillon d’Ostruppen La division s’élance aussitôt et après trois jours de marche forcée, parvient sur le front de Normandie. Elle est directement dirigée vers Cherbourg pour renforcer les défenses allemandes.

143.1

19 juin 1944. Un habitant de Montebourg dans la rue de l'Abbaye. © NARA / Le Mémorial de Caen

143.2

Une rue de Montebourg totalement dévastée après les bombardements du 10 juin 1944. (CRT de Normandie)

Les civils dans la guerre

Bombardements sur Montebourg

Important carrefour sur la RN 13, Montebourg est un des objectifs de la 4e division d’infanterie qui doit marcher sur Cherbourg. La ville été bombardée une première fois le 8 juin par l’aviation et la marine américaines. Le 9 juin, le 12e régiment d’infanterie réussit à contourner les défenses d’Azeville pour se porter devant Montebourg. Celle-ci est solidement défendue par les 243e et 709e divisions allemandes. Le 10 juin, les Alliés déclenchent une deuxième vague de bombardements sur la cité, prélude à une nouvelle attaque américaine. Les incendies déclenchés par les bombes au phosphore et les obus de marine poussent de nouveau les habitants à quitter la ville, à gagner leurs abris ou à s’enterrer dans les caves. Montebourg sera de nouveau pilonnée par l’aviation alliée les 12 et 14 juin. A sa libération le 19 juin, la ville sera sinistrée à plus de 90%.

11 Juin 1944

Les secteur américain

Les combats de Pommenauque et du carré de choux devant Carentan

A 4 h 00 du matin le 11 juin, les quatre ponts sur la chaussée au nord-ouest de Carentan ont été franchis au prix de lourdes pertes par le 502e régiment parachutiste. L’attaque sur la ferme de Pommenauque peut être lancée. Appuyé par l’artillerie, le colonel Cole et le commandant Stopka conduisent l’assaut à la baïonnette. Mais sur les 250 hommes qui auraient du les suivre, seulement soixante dix reçurent les ordres d’attaque. Malgré la confusion, l’ennemi qui a abandonné les lieux et qui s’est retranché à l’Ouest est rapidement mis hors de combat. La nouvelle ligne de défense allemande s’est alors décalée de l’autre côté de la voie ferrée. La situation ne sera sécurisée que dans la soirée lorsque une nouvelle compagnie américaine rejoindra un « carré de choux » situé le long de la route nationale.

La libération d’Amfreville

Situé à l’ouest du Merderet, au coeur des zones de largage des régiments de la 82e Airborne, Amfreville est encore aux mains des Allemands, quatre jours après le Débarquement. Le 9 juin, le général Gavin a lancé une offensive sur le village sans succès. Le 10, la 90e division d’infanterie est venue relever les paras dans ce secteur. C’est à elle désormais que revient le soin de libérer la commune. L’assaut est donné en début de soirée. Le 11 au matin, un bataillon du 357e régiment d’infanterie progresse sur 700 m avant de dégager Amfreville. Le village est libéré mais totalement en ruine.

La jonction des têtes de pont américaines

Situé sur la rive gauche de la Vire, le village d’Auville-sur-le-Vey est traversé le 10 juin par la 101e Airborne. Deux régiments d’infanterie aéroportée investissent alors le secteur entre la Douve et la Vire. Le 327e régiment progresse vers Carentan, tandis que le 401e prend la direction de l’Est. C’est dans Auville que se réalise la jonction entre les hommes de la compagnie K du 175e régiment de la 29e division débarquée sur Omaha et les éléments de la 101e Airborne. Les combattants américains viennent d’établir la jonction entre de réaliser la liaison deux plages Utah et Omaha.

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Les blindés britanniques – un Sherman suivi de chars Cromwell - prennent positions dans les environs de Tilly-sur-Seulles. © DR.

Le secteur anglo-canadien

Déclenchement de l’opération Perch

L’opération Perch doit dans un mouvement en tenaille permettre de déborder Caen par l’Ouest et par l’Est et surtout neutraliser la Panzer Lehr entre Caumont et Villers-Bocage. C’est dans le cadre de cette offensive d’envergure, que les « Rats du désert » de la 7e division blindée britannique, précédés par un bombardement naval lancent le 11 juin une attaque frontale sur Tilly-sur-Seulles. Le 6th Durham Regiment parvient à y rentrer avant d’être repoussé par les blindés de la Panzer Lher. Dans le village les Allemands tiennent toujours l’axe important Caen-Balleroy. Devant l’échec britannique, il est alors demandé au patron de la 7e DB de tourner par l’Ouest la Panzer Lehr. Ce qui sera fait dès le lendemain.

Echec devant Bréville

Au lendemain de la terrible contre-attaque allemande partie de Bréville vers Ranville, le 5e Black Watch de la 51e division d’infanterie britannique est chargé d’enfoncer les lignes ennemie devant Bréville, saillant toujours menaçant pour la tête de pont aéroportée. Dès le départ, le 5e Black Watch se heurte à une violente opposition. La compagnie A est entièrement décimée par les tirs des Allemands embusqués sur la route Ranville-Bréville. Concentrant leur manoeuvre au sud du village, dans le secteur du château, les Britanniques essuient de très lourdes pertes, près de 500 hommes et officiers, mais parviennent malgré tout à s’accrocher au terrain. Au soir du 11 juin, Mongtomery doit pourtant renoncer à sa manœuvre. Un nouvel assaut sera tenté le lendemain avec le 12e bataillon parachutiste.

Le 46e RMC et le « nettoyage de la vallée de la Mue »

Conformément aux ordres reçus le 10 juin, le 46e Royal Marine Commando a commencé à « nettoyer » la vallée de la Mue jusqu’à Rots. Le 11 au petit matin, les commandos quittent Anguerny appuyé par des blindés du Fort Garry Horse, le génie et de l’artillerie. La mission est d’occuper Cairon, attaquer Rosel et faire route vers Hamel et Rots. Lasson Cairon et Rosel sont « nettoyer » dès 15h00, le Hamel libéré dans la foulée tandis que Rots est pilonné. A Rots, la résistance allemande y est plus dure qu’ailleurs, assurée par le 26e régiment SS de panzergrenadiers. Des combats au corps à corps se déroulent jusque tard dans la soirée au nord ouest du village où les SS se sont retranchés. Vers 4 H00 du matin le 46e RMC, très éprouvé par les combats et qui a laissé beaucoup d’hommes sur le terrain, est relevé par les Canadiens du régiment de la Chaudière.

Les combats du Mesnil-Patry

Le Mesnil-Patry est l’objectif des Canadiens du Queen’s Own Rifles of Canada (3e division d’infanterie canadienne) et des blindés du 1st Hussars. Pour les Canadiens il est impératif, avant d’engager la bataille, de s’emparer de ce village et de contrôler la hauteur située entre Cheux et Grainville-sur-Odon. Mais à peine engagés dans la plaine à la sortie de Norrey, les blindés canadiens sont pris pour cible par des tirs antichars allemands tandis que les fantassins se heurtent violemment aux combattants de la 12e SS du général Witt. Au bout de trois heures de violents combat, 36 chars canadiens sont détruits, la compagnie d’infanterie du Queen’s Own Rifles enregistre 99 pertes dont 55 tués tandis que le régiment blindé déplore 80 victimes dans ses rangs dont 59 tués. Mal préparée et privée de préparation d’artillerie cette opération d’envergure sur le front canadien se solde donc par un cuisant et couteux échec.

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De nouveaux renforts allemands montent en ligne en vue de la bataille de Saint-Lô ©Archives du Calvados, 10Fi 77

Les forces allemandes

Renforts allemands pour la bataille de Saint-Lô

Depuis le début de l’année 1944, la 275e division d’infanterie du général Schmidt assurait la défense du littoral sud de la Bretagne. Elle est constituée de 12 400 hommes, 16 canons antichars et une centaine de Panzerschreck. A l’annonce de Débarquement, seul un groupe de combat est mis en route par voie ferrée depuis le Morbihan : 4 000 hommes et les éléments les plus mobiles de la division. Le groupe de combat Heinz qui arrive péniblement à Saint-Lô, une semaine plus tard, est immédiatement rattaché à la Götz von Berlichingen. Les 9 500 hommes de la 265e division d’infanterie allemande du général Düvert sont également mis en alerte dès l’annonce du Débarquement. L’unité stationne elle aussi en Bretagne. Un groupe de combat mobile est alors formé, fort de 3 000 hommes, pour être acheminé vers la Normandie. Le groupe de combat prend position sur le front de la Douve, à l’ouest de Saint-Lô, pour prendre part à la bataille qui s’annonce.

152.1

Une des casemates de la Batterie de Crisbecq avec son canon Skoda de 210mm. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num3535

Le repli du commandant de la batterie de Crisbecq

Après avoir repoussé les uns après les autres tous les assauts de la 4e division d’infanterie américaine, l’enseigne de vaisseau Walter Ohmsen, qui commande la batterie de Crisbecq-Saint-Marcouf, reçoit l’ordre d’évacuer la position. Au nez et à la barde des Américains, il réussit à sortir au cours de la nuit avec 78 hommes valides, traversant la zone marécageuse. Il abandonne derrière lui, sous la garde de son sergent infirmier, 21 blessés qui seront découverts le lendemain. Au matin du 12 juin, la batterie tombe aux mains du colonel Flint à la tête du 39e régiment de la 9e division.

153.2

Des ambulances passent entre des soldats américains, dans une rue de Carentan. © NARA / Le Mémorial de Caen

153.3

Des soldats américains en patrouille dans les rues de Carentan à bord d’un véhicule allemand après la libération de la ville. (CRT de Normandie)

Von der Heydte évacue Carentan

Privé de munitions, menacé sur son flanc gauche, et ayant essuyé de lourdes pertes, le colonel von der Heydte qui commande le 6e régiment parachutiste donne l’ordre à ses hommes d’évacuer Carentan vers 17 h 00. Le repli se fait dans la nuit, sur des positions reconnues et préparées au sud-ouest de la ville. Les Américains qui ont observé le mouvement lancent sur ses pas le 506e régiment parachutiste. La nasse se refermera sur peu de prisonniers, von der Heydte ayant une fois de plus réussi parfaitement son repli. Cette manoeuvre hâtive permettant aux Américains de souder les unes aux autres leurs différentes têtes de pont n’est guère appréciée par le patron de la 17e division SS qui vient de prendre en charge le secteur de Carentan. Von der Heydte est mis aux arrêts, et menacé de cour martiale, à laquelle finalement il échappera. Von der Heydte participera aux derniers combats de la bataille de Normandie, puis plus tard à la bataille de Ardennes où il sera fait prisonnier.

154

Ce qu’il reste de la petite église de Graignes après le siège et le bombardement de l’édifice par les Allemands les 11 et 12 juin 1944. © DR.

Les civils dans la guerre

Le massacre de Graignes

Au sud de Carentan, Graignes, abrite depuis le 6 juin 1944 près de 150 parachutistes américains de la 82e et de la 101e Airborne, largués dans la nuit par erreur dans ce secteur. Depuis quatre jours ils sont cachés et pris en charge par la population du village. Le 10 juin, une première attaque allemande pour tenter de déloger les soldats américains a été repoussée. Le lendemain matin, alors que la messe est en train d’être célébrée dans l’église de la commune, l’assaut contre le village est donné par des éléments de la 17e division SS, appuyés par un important renfort d’artillerie. Le village est cerné. Certains Américains réussissent à prendre la fuite en s’échappant à travers les marais en direction de Carentan, d’autres sont pris au piège et contraints à la reddition après avoir livré une résistance acharnée toute la journée. Plus de 100 parachutistes sont mis hors de combat. Dans la soirée, après le repli américain, les Allemands se livrent à une série de massacres envers leurs prisonniers : 7 parachutistes blessés appartenant au 507e régiment sont exécutés. En représailles à l’aide apportée aux Alliés, les Allemands fusilleront le lendemain quatre habitants dont le curé de la paroisse.

12 juin 1944

Le secteur américain

Nouvelles libérations, nouvelles jonctions

A l’ouest de Carentan, entouré par les marais de la Douve et de Gorges, le village de Baupte est libéré au petit matin par le 508e régiment parachutiste de la 82e Airborne qui durant la nuit a réussi à franchir la Douve à Beuzeuville-au-Plain. La 82e Airborne réalise dans la soirée à Baupte une des jonctions avec des éléments de la 101e Airborne. De leur côté, en libérant le village de Montmartin-en-Graignes sur la rive gauche de la Vire, les parachutistes du 327e régiment (101e Airborne) réalisent une autre jonction avec des fantassins de la 29e division d’infanterie venue d’Omaha. Dans le secteur de Carentan ces deux jonctions consolident un peu plus encore la réunion des deux têtes de pont américaines.

La libération de Caumont-L’éventé

La 2e division d’infanterie s’est emparée de Trévières dans la nuit du 9 au 10 avant de progresser en forêt de Cerisy nettoyée ans la journée. Le 10 juin la route est quasiment dégagée pour les GI’s des 1re et 2e divisions d’infanterie américaines entre l’Elle et Tilly-sur-Seulles. Sur la ligne Saint-Lô/Villers-Bocage se dresse le village de Caumont-L’Evente. La 1re division qui a beaucoup souffert le 6 juin sur la plage d’Omaha s’engouffre dans la brèche et pénètre dans Caumont-L’Eventé, à 30 km à l’intérieur des terres. Depuis le 6 juin, il s’agit de la plus forte progression alliée réalisée en une semaine sur le front de Normandie.

La chute de la batterie d’Ozeville

A l’est de Montebourg, un point fort a été édifié par les Allemands à Ozeville. Il s’agit d’une batterie qui depuis le 9 juin résiste aux assauts de la 4e division d’infanterie. Pour enlever cette position, le général Barton constitue un groupe de combat avec le 22e régiment d’infanterie et deux bataillons de chars. L’assaut est déclenché le 10 juin mais le groupe de combat Kiel qui défend les casemates ne cède rien bénéficiant même de l’appui des canons de la batterie de Crisbecq. L’attaque du lendemain est encore un échec. Finalement la 3e tentative est la bonne le 12 juin. L’assaut est lancé après un bombardement de l’artillerie et de l’aviation. Le village et les casemates sont pris vers midi. Venu se présenter à la garnison allemande pour discuter des termes de la reddition, un officier américain est abattu. En représailles les fantassins américains ne feront aucun prisonnier ce jour-là à Ozeville.

158.1

14 juin 1944. Les chefs militaires américains descendent d’un Dukw : l’amiral Kirk, le général Marshall, le général Arnold et le général Eisenhower. Conseil Départemental de la Manche, A.D. 13Num194

158.2

Les chefs de l’armée et de la marine militaire américaine dont le général Eisenhower découvrent les anciens canons de la Pointe du Hoc, 12 juin 1944. Conseil Départemental de la Manche, A.D.13Num5116

Visiteurs de marque au large d’Omaha

Le 12 juin, un destroyer américain, l’USS Thompson DD-627, se présente vers 10h00 au large d’Omaha. A son bord une délégation de chefs militaires américains de premier ordre se prépare à débarquer. Derrière le commandant du SHAEF, le général Eisenhower, on retrouve le général Marshall, chef d’état-major général, le général Arnold, patron de l’US Air Force, ainsi que l’amiral King, le commandant de l’US Navy. Débarquée au Ruquet sur Omaha Beach, et accueillie entre autre par le général Bradley, la délégation prend place à bord de véhicules d’état-major pour une visite du secteur le long de la côte en direction d’Isigny-sur-Mer. Après un arrêt sur l’aérodrome A1 de Saint-Pierre du Mont, le convoi se rend au PC avancé de la 1re armée américaine pour un déjeuner, avant d’aller découvrir les fameux canons de la Pointe du Hoc retrouvés dans un verger. Le convoi traverse ensuite Isigny en ruine, Formigny avant de revenir vers Saint-Laurent-sur-mer et la plage d’Omaha. Derrière Eisenhower, la délégation repart vers 17h00 à bord de l’USS Thompson pour un retour dans la soirée vers Plymouth.

Le secteur anglo-canadien

Une nouvelle division britannique sur le front

Ayant combattu en Norvège en 1940 puis en Islande, la 49e division d’infanterie britannique revient en Grande-Bretagne pour une période d’entraînement intensif. L’unité débarque en Normandie le 12 juin sous les ordres du major général Baker. Elle est envoyée dès le lendemain dans le secteur de Cristot, en plein bocage normand, dans le secteur de Tilly-sur-Seulles. Pour enfoncer les lignes de résistance allemandes qui y sont solidement tenues, elle entrera en scène au côté de la 50e division d’infanterie à partir du 16 juin.

160.1

12 juin 1944. Winston Churchill en visite au PC du général Montgomery à Creullet. Les deux hommes sont entourés de Dempsey, Brooke et Smuts. (CRT de Normandie)

160.3

A son arrivée à Courseulles, Churchill est accueilli par le général Montgomery . (CRT de Normandie)

Winston Churchill en Normandie

A la veille du Jour J, le Premier ministre britannique, Winston Churchill s’était mis en tête de prendre place à bord de l’armada du Débarquement. Dissuadé par le roi lui-même, il reporte son projet et embarque le 12 juin à bord du destroyer HMS Kelvin, traverse la manche et se présente au large de Courseulles en milieu de matinée. Transbordé sur un Duckw (camion amphibie), il débarque à la brèche de Graye-sur-mer avant d’être accueilli à terre par le maréchal Montgomery en personne accompagné du général Smuts et de Sir Alan Brooke. Il se rend ensuite chez son hôte au château de Creullet, rencontre le général Dempsey, avant d’inspecter la côte à bord d’une barge en compagnie de l’amiral Vian. Churchill avouera plus tard qu’il voulait être au plus près des combats.

161

Les rues de Bréville totalement en ruine après les bombardement et els combats menés par les Britannique. © Commando Veterans Association

Nouvelle attaque sur Bréville

Sur le front tenu par les parachutistes britanniques devant Bréville, le 5e Black Watch de la 51e division s’est heurté la veille à une violente opposition allemande. Le 12e bataillon parachutiste de la 6e aéroportée du général Gale est appelé pour prendre le relai et tenter à son tour de briser ce dangereux saillant. Pour cette attaque, le bataillon est renforcé de quelques chars du 13/18e Royal Hussars. Au cours de l’assaut lancé depuis Amfreville dans la soirée, la compagnie D du Devonshire Battalion essuie de terribles pertes, 162 parachutistes dont le colonel Johnson y trouvent la mort. Les Allemands ont été repoussés, mais le village qui sera libéré le lendemain, n’est plus qu’un amas de ruines, entièrement ravagé par les tirs des blindés, ceux de l’artillerie et les obus de marine du croiseur Arethusa. Du côté allemand, 78 grenadiers du 857e régiment ont été tués dans ces combats.

Le 48e RMC reprennent Sallenelles

Sur la rive orientale de l’estuaire de l’Orne, le 45e Royal Marine Commando (1re brigade de commandos de Lord Lovat) s’est emparé de Sallenelles dans la soirée du 6 juin mais a dû se retirer du village le 7 pour se positionner plus au sud vers l’Ecarde. Situé au nord de la zone de saut de la 6e division aéroportée, Sallenelles est repris dans la nuit du 12 au 13 juin par le 48e Royal Marine Commando, qui avec le renfort du 47e RMC, vient de s’emparer des hauteurs de La Perruque. Déserté par les Allemands, le village de Sallenelles changera plusieurs fois de mains avant sa libération définitive le 16 août 1944 par les soldats belges de la Brigade Piron.

163.1

Char Tigre et convois militaires allemands se croisent sur les routes de Normandie © Archives du Calvados, 10Fi 138

163.2

Le char Tigre, la nouvelle arme du corps blindé allemand en Normandie © Archives du Calvados, 10Fi 448

Les forces allemandes

Des Tigres allemands en Normandie

45 chars Tigres font leur apparition le 12 juin sur le front normand. Ils appartiennent au 101e bataillon SS de chars lourds du colonel von Westerhagen qui vient d’arriver de Beauvais où l’unité avait été mise en alerte à l’annonce du Débarquement. Avant d’être engagé le lendemain dans le secteur de Villers-Bocage le char Tigre jouit déjà d’une belle réputation acquise lors des combats en Tunisie dans la guerre du désert contre les Britanniques. Dans le même temps, les premiers éléments de l’avant-garde de la 2e Panzerdivision partis d’Amiens le 9 juin, ont pris position entre Caumont-L’Eventé et Villers-Bocage

164

Un blindé allemand se positionne dans la région de Saint-Lô ©Archives du Calvados, 10Fi 108

De nouvelles divisions SS pour la Normandie

Dirigée sur le front de l’Est en mars 1944, la 9e Panzer division SS du général Bittrich est rappelée vers l’Ouest, dès l’annonce du Débarquement. L’objectif qui lui est assigné en Normandie est de contre-attaquer les Britanniques et les rejeter à la mer. Très éprouvée par les combats en Pologne, la division forte de 21 000 hommes et 170 blindés se met en route le 12 juin. Il lui faudra plus de deux semaines pour traverser la France. Elle prendra part à ses premiers combats le 26 juin dans la bataille de l’Odon pour contrer l’opération Epsom. Dans le même temps, le maréchal Rommel a obtenu le retour depuis la Pologne, où elle combat depuis mars 1944, de la 10e SS Panzerdivision du général Harmel. L’unité se met en route le 12 juin. Elle sera intégrée avec la 9e Panzer SS au 2e corps blindé SS pour combattre lors de la bataille de l’Odon.

165

La tombe du général Erich Marcks. © NARA / Le Mémorial de Caen

La mort du général Marcks

Un des rares chefs de l’armée allemande à avoir réalisé que le débarquement allié en Normandie n’était pas une diversion, le général Erich Marcks, qui a perdu un œil lors de la Première Guerre mondiale et qui été amputé d’une jambe lors de l’opération Barbarossa en juin 1941, commande depuis août 1943 le 84e Corps d’armée depuis son PC de Saint-Lô. Depuis le 6 juin, Marcks a pris l’habitude d’aller inspecter ses troupes au plus près des combats. Ce jour-là, dans les environs d’Hébécrevon, il est mortellement blessé par les tirs d’un chasseur bombardier américain alors qu’il circule à bord de sa voiture sur la route reliant Saint-Lô à Périers. Avant d’être remplacé à son poste par von Choltitz, c’est le général Fahrmbacher arrivé en toute hâte de Bretagne, qui prend provisoirement sa succession à la tête du 84e corps.

166

Les ruines d’Aunay-sur-Odon © Le Mémorial de Caen

Les civils dans la guerre

Aunay-sur-Odon, un village rayé de la carte

En décidant de contourner les défenses de Tilly-sur-Seulles et passer par Villers-Bocage pour atteindre Caen, les Alliés ont placé le village d’Aunay-sur-Odon dans leur secteur de combat. Ce bourg paisible constitue un noeud routier important dans une région bocagère et vallonnée. Dans le cadre de la destruction des carrefours routiers, Montgomery a donc décidé de faire bombarder Aunay-sur-Odon par les avions de la Royal Air Force. Aunay est bombardée une première fois le 12 juin dés 6h30 du matin. Le centre du bourg est entièrement détruit. Une centaine de victimes civiles périssent sous les bombes. Une deuxième vague achèvera la destruction du village dans la nuit du 14 au 15 juin 1944. 200 civils au total perdirent la vie à Aunay-sur-Odon.

Les services de la défense passive à la recherche de survivants dans els ruines de Caen. © Mémorial de Caen

Caen, toujours sous les bombes et les obus

Depuis le Débarquement, il n’y a eu aucun répit pour les Caennais placés au coeur de la bataille. Les bombardements de la cité sont quotidiens, plusieurs par jours par moment. Le 12 juin, peu avant minuit, 348 Halifax et 285 Lancaster guidés par une trentaine de Mosquitos se présentent dans le ciel de Caen avec comme objectif les ponts sur l’Orne. Une centaine de bombes s’abat sur la ville. Le centre ville est de nouveau touché, tandis que des bombes incendiaires ouvrent plusieurs foyers d’incendie dans la ville. Deux heures plus tard, l’artillerie de marine prend le relai. Le HMS Nelson et le HMS Ramillies tirent leur obus de 380 et de 406mm depuis le large, à 22km de Caen. Des civils sont ensevelis dans les carrières des Fossés Saint-Julien tandis que la Caserne Lefebvre dans l’enceinte du château est pulvérisée. Ce jour-là 77 Caennais sont tués ou ports disparus.

168.1

Petite fille photographiée au milieu des ruines de Pont-l'Abbé. © Le Mémorial de Caen

168.2

Deux habitantes de Pont-l'Abbé marchent le long des ruines du village. © Le Mémorial de Caen

13 juin 1944

Le secteur américain

La libération de Pont-L’Abbé

Objectif du 508e régiment de la 82e Airborne, Pont-l’Abbé n’a pas pu être libéré le 6 juin par des parachutistes trop éparpillés et concentrés à couvrir le flanc sud de la fragile tête de pont aéroportée à l’ouest du Merderet. Après un bombardement aérien à 17 h 00 et un tir d’artillerie nourri à 19 h 30, le 359e régiment d’infanterie de la 90e division américaine pénètre dans Pont-l’Abbé dans la nuit du 12 au 13 juin, le village est détruit à 85%, résultat des violents combats terrestres, des bombardements américains – qui à coup de bombes incendiaires ont rasé certains quartiers dont le quartier de l’hôpital psychiatrique – et des tirs d’artillerie. A la tête de la division, le général MacKelvie, dont les résultats ont jusqu’à présent été jugés peu convaincants, est limogé par le général Bradley et remplacé par le général Landrum.

Une tête de pont continue, mais fragile

En évacuant Carentan le 11 juin, les Allemands ont permis aux Américains d’établir leur jonction dans la ville. Le 12 juin, dès 8 h 00, le 506e régiment de parachutistes de la 101e division aéroportée entre dans Carentan durement éprouvée par les bombardements de la nuit, mais enfin libérée. Avec ce succès, les Alliés disposent dès lors d’une tête de pont continue s’étendant sur une centaine de kilomètres de côtes, de Quinéville jusqu’ à l’embouchure de l’Orne, sur une profondeur de 10 à 30 Km. Ce front continu reste cependant très fragile et à la merci d’une contre-attaque allemande. En ayant réussi à se positionner au sud de la ville, von der Heydte se prépare en effet déjà à réagir. Pour cela, il pourra compter sur le renfort de la 17e division SS récemment arrivée de Poitiers.

170

Le 8 août 1944, près de Cintheaux, le SS-Hauptsturmführer Michael Wittmann sera tué sur le coup à bord de son char touché de plein fouet par un blindé char britannique. ©Le Mémorial de Caen

Le secteur anglo-canadien

Le SS Michael Wittmann entre en scène à Villers-Bocage

Ne pouvant conquérir Tilly-sur-Seulles, 2 jours après avoir débarqué sur Gold Beach, les Britanniques décident de contourner la résistance de la Panzer Lehr en passant par Villers-Bocage. La mission est confiée à la 7e division blindée, les célèbres « Rats du désert » qui se sont illustrés face à Rommel en Afrique du Nord.
Le 13 juin, dès 8h30 du matin, lancée en avant garde, la 22e brigade blindée britannique pénètre dans les rues de Villers-Bocage, abandonnée la veille par les Allemands. Tandis qu’une partie de la brigade est laissée à l’arrêt à la sortie de la ville, une reconnaissance est portée sur la cote 213 en direction de Caen. Elle se heurte aussitôt aux chars Tigre du 101e bataillon de chars lourds SS du lieutenant Michael Wittmann – l’homme aux 119 chars détruits sur le front de l’Est – arrivés la veille sur le front normand. Les blindés de Wittmann ont attendu le dernier moment pour se découvrir. La surprise est totale, les dégâts sont considérables, les chars allemands remontant progressivement la colonne britannique qui tente un repli désespéré dans les rues de Villers-Bocage et sur plus de 10 km. Dans le bourg, les combats sont d’une rare violence. La brigade britannique laisse sur le terrain 25 chars et 28 véhicules légers, avant d’abandonner Villers-Bocage pour se replier sur la cote 174. Quant à Wittmann, même s’il a perdu son char, et avec seulement 13 blindés, il vient de stopper l’avance de toute une division et un début d’encerclement des positions allemandes à l’ouest de Caen.

Renforts britanniques

Placé sous le commandement du Brigadier Scott, la 33e brigade blindée britannique qui a été formée en 1941 débarque en Normandie, à Gold Beach. Avant de monter au front, la division est placée en réserve pour une période d’entraînement d’une quinzaine de jours. Ses chars Sherman, pour leur baptême du feu seront engagés au début du mois de juillet dans le cadre de la bataille de Caen. La 11e division blindée britannique, formée en son temps par le major général Hobart, débarque dans le même temps entre Bernières et Courseulles-sur-Mer. Confiée au général Roberts, elle est placée elle aussi dans un premier temps en réserve, avant d’être engagée le 27 juin dans l’étroite tête de pont tenue par la 15e division écossaise et dans les combats pour la cote 112.

172

Portrait du brigadier Lord Simon Lovat.© Le Mémorial de Caen

L’évacuation de Lord Lovat

C’est au cours de la bataille pour la libération de Bréville, décisive pour installer définitivement la tête de pont britannique sur l’Orne que le brigadier général Lord Lovat, commandant de la 1re brigade de service spécial depuis le 6 juin, est grièvement blessé. Alors qu’il observe un bombardement d’artillerie de la 51e division d’infanterie, un obus atterrit au milieu des officiers. Le commandant du 12e bataillon parachutiste, le colonel Johnston est tué à ses côtés sur le coup. Lord Lovat et le brigadier Kindersley de la 6e brigade aéroportée sont touchés par des éclats d’obus. Lord Lovat doit être évacué depuis son PC d’Amfréville pour se faire soigner en Grande-Bretagne. Il confie le commandement de la brigade au brigadier Derek Mill Robert.

Les forces allemandes

Contre-attaque sur Carentan

Reportée à plusieurs reprises, la contre-attaque de la 17e Panzer SS sur Carentan tout juste libérée est finalement déclenchée le 13 juin, à 5 h 30 du matin. Menée par le 37e régiment SS de panzer grenadiers, qui parvient le log de la route de Périers à progresser jusqu’à une centaine de mètres de la ville, l’offensive est contenue en fin de matinée par les parachutistes de la 101e Airborne dépourvus d’armes mais particulièrement bien épaulés par l’intervention combinée des chasseurs-bombardiers et un détachement de chars – Combat Command B – de la 2e division blindée venu d’Omaha, et dont c’est le baptême du feu en Normandie. Les Allemands perdent plus de 500 hommes dans cette bataille.

L’odyssée de la 275e division d’infanterie

Mise en alerte dès l’annonce du débarquement, la 275e division d’infanterie cantonnée dans le sud du Morbihan, avait laissé partir par la voie ferrée, en élément précurseur, un premier détachement, le Kampfgruppe Heinz. Celui-ci était arrivé péniblement à Saint-Lô cinq jours plus tard le 11 juin. Le reste de la division mettra deux jours de plus pour atteindre le Cotentin. Rassembler les hommes dispersés entre Vannes et Saint-Nazaire avait pris du temps. Les sabotages et les attaques aériennes freinèrent considérablement les opérations d’acheminement du matériel roulant. Les neuf trains qui transportent la division se retrouvent bloqués à Rennes, Pontorson ou Redon, arrêts provoqués par la destruction des voies ferrées par les bombardements aériens. Deux jours après son départ la division est toujours immobilisée en Bretagne. Le 9 juin une dernière tentative doit permettre le contournement par Vitré et Fougère, mais là aussi la voie est coupée. Les trains sont alors déchargées, la fin du voyage se fera par la route avec des moyens de fortune, souvent à la marche. L’ensemble de la 275e division sera réuni le 13 juin.

Les civils dans la guerre

La fin du maquis de Lignières

Le maquis de Lignières-la-Doucelle, établi au sud de Gacé à la frontière de la Mayenne et de l’Orne est un des rares maquis de Normandie, terre peu propice par sa géographie au développement d’une résistance armée. Le 13 juin le maquis est attaqué par les Allemands en guise de représailles à l’attaque d’un convoi allemand. Au cours des combats, Daniel Desmeulles, chef départemental de l’Armée secrète est fait prisonnier sans que son identité soit reconnue. L’assaut contre le maquis oppose une quarantaine de maquisards contre des Allemands cinq fois plus nombreux. A la nuit tombée, les résistants décrochent laissant sur le terrain 5 tués et 7 blessés qui seront achevés par les Allemands.

176

Religieuses et réfugiés dans une carrière de Fleury-sur-Orne © Le Mémorial de Caen

L’évacuation des carrières de Fleury-sur-Orne

Situées sur la commune de Fleury-sur-Orne, à flanc de coteaux ou enterrées, des carrières abritent depuis le 6 juin des centaines de réfugiés Caennais ayant fuit les bombardements sur la capitale bas-normande. Quelques jours plus tard, leur nombre s’est accru. Ce sont désormais des milliers de civils qu’il faut soigner, protéger, nourrir non loin des lignes allemandes. A Caen, le 13 juin, le préfet Cacaud, resté fidèle au régime de Vichy, ordonne à la demande des autorités allemandes l’évacuation des réfugiés des carrières de Fleury-sur-Orne vers la commune de Trun dans l’Orne. L’ordre sera peu suivi. Plus de 6 000 réfugiés vivront terrés dans ces carrières jusqu’à l’ordre d’évacuation des Allemands et la libération définitive du village par les soldats Canadiens le 19 juillet 1944.

177

Pièce d'artillerie de 105 mm de la batterie du Mont-Coquerel. © Le Mémorial de Caen

14 juin 1944

Le secteur américain

La libération de Quinéville

Dans la presqu’île du Cotentin, les fortifications de Quinéville menacent depuis le 6 juin les débarquements de matériel américain sur la plage de Utah. Aussi, la prise du village a été confiée au 39e régiment d’infanterie de la 4e division. L’assaut est précédé à 9h15 d’un intense bombardement d’artillerie sur les crêtes et la plage. Quatre heures plus tard l’infanterie s’élance, avec en tête la compagnie K du 3e bataillon. A 14 h 00 le haut de Quinéville est pris. Mais à 15 h 00 les GI’s éprouvent toujours des difficultés à libérer le reste du village devant une résistance allemande bien organisée. Les premiers bunkers de la plage sont pris vers 17 h00. La reddition allemande est effective à 21h30 après de sérieux combats. 300 soldats allemands sont fait prisonniers. La compagnie K compte 5 soldats tués et 28 autres blessés dans ses rangs. Tandis que Quinéville tombait aux mains des Américains, la garnison de la batterie du Mont Coquerel (4 canons de 105 mm de 12 km de portée) rendait également les armes. Au soir du 14 juin Quinéville marque alors le point le plus extrême de l’avancée américaine vers le Nord.

Lourdes pertes pour le 507e régiment parachutiste

Devant la force résistance allemande empêchant la montée vers Cherbourg, la coupure de la presqu’île du Cotentin est devenue une priorité pour Bradley depuis le 9 juin. La 90e division d’infanterie a donc été lancée au-delà du Merderet en direction de Saint-Sauveur-le-Vicomte, sans résultats probants. La 9e division prend alors le relais, épaulée par des éléments de la 82e Airborne. Après un repos de 3 jours, le 507e régiment para se met en marche le 14 juin vers Saint-Sauveur le Vicomte au sud-est de La Bonneville. Placés rapidement sous le feu des mortiers et de l’artillerie ennemis, les trois bataillons du régiment progressent péniblement durant la nuit, à peine un kilomètre parcouru au petit matin. Les parachutistes du 507e tiendront leurs positions toute la journée, seront même pris pour cible par leur propre artillerie, avant d’être dépassés vers 18 h 00 par le 505e régiment. Au terme de deux jours de combats, le 507e régiment vient d’êtres sérieusement malmené : il perd dans cette bataille 192 hommes, tués, blessés et disparus.

179.3

Le général de Gaulle prend pied en Normandie sur la plage de Graye-sur-mer le 14 juin 1944. © Le Mémorial de Caen

179

14 juin 1944. Debout sur une voiture hippomobile, le général de Gaulle s’adresse à la population d'Isigny-sur-Mer. © Le Mémorial de Caen

179.1

14 juin 1944, acclamé par la foule, le général de Gaulle dans les rues Bayeux, en compagnie du général Béthouart et de Pierre Viénot. © Commission de l'information historique pour la paix/Le Mémorial de Caen

179.2

14 juin 1944, de Gaulle en visite au PC de Montgomery à Creullet.© Le Mémorial de Caen

Le secteur anglo-canadien

De Gaulle débarque en Normandie

Vers 13h00, au large de Courseulles et Graye-sur-mer, le général de Gaulle quitte la passerelle de la Combattante, un contre-torpilleur des Forces navales françaises libres, pour prendre pied sur le sol de Normandie. Quatre ans après son départ pour Londres, l’homme du 18 juin retrouve enfin la France. Ce jour-là, de Gaulle ne vient pas seul. Il est accompagné de 18 personnes, ses principaux collaborateurs, civils et militaires. A l’issue de longues et difficiles démarches avec les Alliés, le chef de la France Libre a reçu l’autorisation de se rendre sur la tête de pont alliée en Normandie. A sa descente, il est accueilli par le major Sanderson qui a été envoyé par Montgomery. De Gaulle est aussitôt conduit au QG de « Monty » au château de Creullet pour une rapide entrevue, tandis que le reste du groupe conduit par François Coulet et le colonel de Chevigné prend la direction de Bayeux. Les hommes du Général ont très peu de temps pour annoncer aux habitants la visite du chef de la France Libre.
De Gaulle entre dans Bayeux vers 15h30, accueilli par François Coulet et le conseil municipal de la ville. Il y installe à la sous-préfecture, où trône encore le portrait du maréchal Pétain, François Coulet, premier commissaire de la République et nomme Pierre de Chevigné délégué militaire des régions libérées. De Gaulle s’entretient rapidement avec le sous-préfet Rochat pour s’informer de la situation dans la tête de pont, avant de se rendre à pied dans les rues de Bayeux. Dernier acte de cette visite bayeusaine : la place du château ou De Gaulle tient son premier discours en territoire libéré devant une population venue nombreuse.
De Gaulle quitte ensuite Bayeux pour se rendre au plus près de la zone des combats, à Isigny-sur-Mer, puis à Grandcamp-les-Bains avant de regagner Courseulles par le littoral. Il rembarque à bord de la Combattante à la nuit tombée, le devoir accompli : avoir pu restaurer en Normandie la légalité républicaine au nez et à la barbe des Alliés qui l’avaient jusqu’à présent tenu à l’écart d’Overlord et de l’administration future de la France libérée.

La libération de Lingèvres

Sur la route de la libération de Tilly-sur-Seulles, Lingèvres constitue un réel obstacle pour la 50e division d’infanterie britannique. Dans ce secteur, face à la Panzer Lehr, c’est le 9e Durham Light Infantry (151e brigade) qui a reçu le 14 juin pour mission de s’emparer de ce village. A cet instant, il ne reste que des ruines de Lingèvres, écrasé 4 jours plus tôt par les obus de marine de 152 mm du HMS Orion. Malgré l’appui de l’artillerie et des chasseurs-bombardiers, le régiment perd 246 hommes dont 20 officiers, tués, blessés ou disparus, pour la libération du village. La Panzer Lher n’entend rien lâcher et déclenche dans la journée une terrible contre-attaque. La division allemande perd dans cette opération 6 Panzer, tandis que le sergent Harris du 4/7 Dragoon Guards parvient à détruire cinq chars Panther dans les rues du village avec son seul char Firefly.

La libération d’Escoville

Au sud de la zone de largage de la 6e Airborne britannique, Escoville est resté occupé par les Allemands de la 21e Panzer au soir du 6 juin. Dès le lendemain, l’objectif fixé au 2e bataillon aéroporté des Ox and Bucks est la libération du village. Les paras britanniques libèrent Hérouvillette puis entre dans Escoville le 7 juin en fin de matinée, avant de quitter les lieux à la suite d’une contre-attaque allemande. Durant une semaine Escoville restera sur la ligne de front des deux belligérants. Le 14 juin, arrivée dans le secteur à l’est de l’Orne pour renforcer les forces parachutistes, la 51e division d’infanterie britannique parvient à s’emparer du village d’Escoville.

182

Le 14 juin 1944, le SS Brigadeführer Fritz Witt, commandant de la 12e division SS est tué à Caen, à son PC, atteint par un tir d’obus de marine. © Le Mémorial de Caen

Les forces allemandes

La 12e Panzer SS perd son chef

Promu général de brigade alors qu’il n’a que 35 ans, Fritz Witt commande la 12e SS Hitlerjugend depuis son arrivée en Normandie. C’est à lui que revient, malgré la dispersion de ses forces et les 12 heures de retard pris dans l’engagement de sa division le 6 juin, l’exploit d’avoir stoppé l’avance des Canadiens le 7 juin vers l’aérodrome de Carpiquet. Le 14 juin, tandis qu’il rentre d’une inspection quotidienne de ses unités sur le terrain, Fritz Witt trouve la mort à Caen, dans le quartier de Venoix, atteint par un éclat d’obus de marine tiré sur son Poste de Commandement. Le général Witt est remplacé deux jours plus tard par son subordonné, le colonel Kurt Meyer, qui devient à 33 ans le plus jeune chef de division du IIIe Reich.

Destructions allemandes au Havre

A partir du 14 juin, les Alliés bombardent les infrastructures portuaires du Havre et de Boulogne. Ce jour-là, 350 bombardiers de la Royal Air Force parviennent à anéantir les forces navales allemandes stationnées près du Havre : trois torpilleurs sont détruits à quai, une vingtaine de dragueurs de mines ou patrouilleurs, une vingtaine d’autres bâtiments, et onze vedettes lance-torpilles sont mis hors d’état. La situation navale allemande dans la Baie de Seine est devenue pour l’amiral Krancke, commandant du groupe naval Ouest, d’un seul coup catastrophique.

Les civils dans la guerre

La fin du maquis de Beaucoudray

Installé depuis avril 1944 à une vingtaine de kilomètres au sud de Saint-Lô, le petit maquis de Beaucoudray dont la trentaine de membres dirigés par Ernest Pruvost étaient parvenus à couper des câbles téléphoniques dans la nuit du 5 au 6 juin attend depuis le Débarquement le message qui le fera passer à l’action pour aider les Américains à marcher sur Saint-Lô. Isolés, sans renforts ni perspective d’actions armées, ses différents membres vivent cachés dans une ferme du village du Bois. Le 14 juin, vers 10h30 la ferme est cernée par des combattants allemands. Sur les 19 hommes présents ce matin, 11 d’entre eux, tous membres du groupe Action-PTT de Saint-Lô, sont arrêtés, rassemblés dans la cour avant d’être transférés à la tombée de la nuit dans le village de La Réauté. Le lendemain matin, peu avant l’aube ils sont tous fusillés au lieu dit « L’oiselière de haut ». Les corps des victimes seront retrouvés au début du mois d’août au moment de la libération du secteur.

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L’église de Vimoutiers est restée debout malgré les bombardements du 14 juin. The Church at Vimoutiers remained intact despite the bombings of 14th June © DR.

Vimoutiers et Mézidon sous les bombes

Jusqu’ici épargné par les combats, Vimoutiers qui abrité le 6 juin 1944 le train de la 12e SS Panzer est violemment bombardée le 14 juin. 36 bombardiers Marauders B 26 déversent à partir de 7h45 et en moins de 20 minutes 29 tonnes de bombes sur la cité. Des bombes incendiaires mettent le feu à la ville qui se retrouvera détruite à plus de 80%. Sur 1 900 habitants, 220 civils trouvent la mort. Le même jour, l’aviation alliée lâche ses bombes au-dessus de Mézidon, au nord de Saint-Pierre-sur-Dives, tuant sur le coup près de 50 civils. La Normandie continue à payer un lourd tribut pour sa libération.